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13 déc. 2020

Anne Serre

Lauréate du prix Goncourt de la nouvelle en 2020, Anne Serre mérite une plus grande reconnaissance. Ses écrits font bouger les lignes. Etonnement garanti. C'est le cas avec ce court récit de 2012 : Petite table, sois mise ! Ce titre fait allusion à un conte de Grimm. Ce texte peut effectivement se lire comme un conte, où il est question d'inceste et de pédophilie sans que jamais ces termes soient employés. Dans l'extrait suivant, la narratrice évoque ses souvenirs d'enfance avec papa, maman et ses deux soeurs Ingrid et Chloé.

 

 

On peut dire que Pierre Peloup fut mon premier amant - après papa - car le docteur Mars, s'il aimait nous toucher, ne s'introduisit en nous que plus tard. Il goûtait notre présence lorsqu'il saillait maman. Il aimait que nous soyons là, Ingrid, Chloé et moi, ou parfois , l'une d'entre nous seulement, dans la salle à manger à la grande table cirée, mais un peu comme de petits anges nus autour d'une Vierge en gloire (maman figurant la Vierge). Nous assistions donc à leurs ébats - souvent rapides car le docteur Mars était toujours pressé entre deux de ses visites à des malades - , assises dans un fauteuil, sous la table lorsqu'il le désirait, l'aidant d'une main s'il avait ce jour-là quelque difficulté - ce qui était rare. Il nous arrivait de lui tendre nos fesses, nos sexes ou de lui présenter nos bouches, mais il y passait ses propres mains, sa propre bouche ou son propre sexe très rapidement.

22 sept. 2019

Nicolas Mathieu

Nicolas Mathieu a obtenu la récompense du Goncourt en 2018 avec son roman leurs enfants après eux, qui renouvelle le naturalisme social à la Zola. On y suit sur plusieurs années la vie d'un jeune garçon, Anthony, y compris dans ses aspects sexuels. Ici, il retrouve Vanessa qui ne demande que ça.


Alors quand elle retrouvait Anthony, elle voulait qu'on s'occupe d'elle. Elle voulait être prise, tenue et baisée. Elle voulait avoir un peu mal, ça lui changeait les idées. Et même si elle avait un copain gentil à la fac, qui s'appelait Christopher et voulait tenter le concours de Sciences-Po, ça n'avait rien à voir. Anthony, elle l'avait dressé selon ses besoins. Il procédait en conséquence. Il n'en parlait à personne. Elle l'adorait au fond. Il écarta sa culotte et elle sut qu'il allait venir dans sa chatte, la remplir. Elle dégoulinait. Il faisait tellement chaud. Elle ne pensait plus à rien. Elle dit :
- Mets-moi ta queue.
- Attends...
- Baise-moi, allez...
- Attends, je te dis.
Il s'était agenouillé derrière elle et la mordait, son cul, le gras des cuisses. Des frissons lui remontaient partout dans le dos, elle se mit à trembler. Puis sentant le souffle du garçon sur son sexe, elle se cabra.
- Non, pas ça.
- Pourquoi ?
- Arrête. Il fait chaud. Y a pas de salle de bains, ici.
- Et alors ?
- Arrête, c'est tout.
Trop tard. La langue d'Anthony avait trouvé le velours de sa chatte. Il suivait un pli, remontait l'aine, goûtait sa sueur, le jus suret et tellement intérieur. Elle se sentit fléchir et oublie de le dissuader. Il la tenait aux hanches, ferme, écartait ses fesses, lui prenait les cuisses. Tout ce qu'elle aimait. Elle se mit à geindre pour de bon. Anthony empoigna ses cheveux. Elle se cambra, le cherchant avec son bassin. La queue du garçon était là, gonflée, pressée à l'orée de son sexe.

17 avr. 2019

Emmanuelle Bayamack-Tam

Arcadie, le roman transgenre et utopique d'Emmanuelle Bayamack-Tam publié à la rentrée 2018 a retenu l'attention de la critique. Farah a grandi dans une communauté libertaire, écolo et libertine éclairée par la sagesse d'Arcady. Farah est anatomiquement parlant quelque part entre la fille et le garçon. Dans l'extrait suivant, elle retrouve Arcady quelque temps après avoir quitté la communauté.


C'est la première fois que je baise dans une voiture mais l'idée m'emballe et je m'empresse de défaire la ceinture d'Arcady pour le prendre dans ma bouche. Au moment où sa verge touche mon palais, je me sens traversée d'une joie puissante, un plaisir délicieux qui me dépasse infiniment, une réalité devant laquelle toutes les autres s'évanouissent. Avec la sensation et la saveur familières de son sexe dans ma bouche, c'est tout mon vert paradis qui resurgit, mes plaisirs et mes jours en cet été cruel - ma saison du jouir, à la fois déclenchement merveilleux et commencement du terrible; avec l'odeur et la moiteur de ses cuisses, je retrouve l'ivresse d'être au monde, mon impatience tandis que je l'attendais sur notre couche nuptiale, herbes écrasées, baldaquin malmené par le vent, ma féerie perpétuelle, ma vie habitée par l'amour, ma vie en son pouvoir, que j'ai crue infinie. Dans cet habitacle si peu fait pour l'extase, je suis sur le point de connaître un nouvel épisode de désagrégation mentale qui risque de m'emmener très loin, et ce n'est que par un effort douloureux que je parviens à me concentrer sur les chairs flaccides d'Arcady. Et comment se fait-il, d'ailleurs, que sa verge reste désespérément inerte en dépit des vigoureux mouvements de succions que je lui imprime ? Arcady ne m'a pas habituée ni à l'inertie ni à la passivité. Le voir comme ça, tête renversée sur le siège, yeux clos, sans même un début d'érection, voilà qui dépasse l'entendement, et je m'interromps :
- Ça va ?
- Ça n'ira plus jamais, ma chérie. Mais pourquoi tu demandes ça ?
- Ben, tu bandes pas...
Saisissant sa bite entre l'index et le majeur, il semble un instant en éprouver le volume et la fermeté avant de la laisser retomber avec un geste désabusé sur le métal crénelé de sa fermeture éclair.
- Bah... Ça m'arrive en ce moment, le prends pas contre toi.
Il ne s'agit absolument pas d'en faire une affaire personnelle, bien au contraire... Un monde dans lequel Arcady manquerait de désir ou d'énergie est un monde impensable, voire invivable - car la vie a besoin d'un foyer irradiant auquel s'alimenter. Les âmes fortes sont d'utilité publique parce qu'elles savent communiquer aux âmes faibles un peu de ce feu qui leur manque. A ceux qui m'objecteront que la force d'âme n'a rien à voir avec la puissance sexuelle, je répondrai qu'ils n'en savent rien et que chez Arcady les deux ont toujours été inextricablement chevillées.
- Ça t'arrive avec Victor?
- Oui, avec Victor aussi. Note que ça l'arrange : je le fatiguais, avec mes exigences. Lui-même n'est plus très flambant, depuis quelque temps.
Eh oui, bien sûr. Les faibles s'accommodent très bien de la défaillance des autres, au moins dans un premier temps, parce qu'elle les conforte dans leur existence végétative. Ils ne savent pas à quel point leur simple fonctionnement est tributaire de la beauté exubérante et de la force inépuisable de ceux qui ont choisi de plonger dans le tourbillon de la vie. La débandade d'Arcady est donc une catastrophe mondiale, même si personne n'en mesure les retombées funestes - à part moi, ce qui fait que je passe un quart d'heure à m'escrimer sur la bite d'Arcady avant de jeter l'éponge. Au moins, j'aurai tout essayé : va-et-vient frénétiques, coups de langue, coups de glotte, appels d'air, afflux de salive, accupression, empaumage des testicules, stimulation anale - peine perdue, tout juste un soubresaut, un tressaillement, puis rien.

1 déc. 2017

Eric Vuillard

Avant d'obtenir cette année le prix Goncourt, Eric Vuillard a publié quelques romans puissants dont l'épique Conquistadors en 2009. Ce roman retrace l'histoire de la conquête du Pérou par les Espagnols emmenés par Francisco Pizarre et ses frères.



On passa à Guamachuco, à Tarma, à Bombon. On croisa des Indiens vêtus de mille manières, coiffés de toutes sortes de plumes et de chapeaux, des races différentes, des langues pareilles au miaulement d'un chat. Pedro Pizarre raconte que les gens de Huailas étaient considérés par les autres comme repoussants parce qu'ils léchaient le sexe de leurs femmes.

26 août 2017

Yannick Haenel

Yannick Haenel, lauréat de quelques prix littéraires lors de la décennie précédente, poursuit dans son dernier roman Tiens ferme ta couronne, l'exploration de ses thèmes obsessionnels. Dans ce livre, un écrivain un peu raté raconte sa plongée dans la déchéance avant le rebond résurectionnel. Dans le passage suivant, le voilà passant une soirée avec Anouk, la copine de son voisin Tot, qui a eu la mauvaise idée de s'absenter.


Elle revint avec une serviette nouée autour d'elle, les cheveux mouillés, parfumée de citron et de fleur d'oranger; elle s'allongea à mon côté en souriant; de petites gouttes ruisselaient sur ses épaules; le vernis de ses orteils était orange.
Avais-je entendu Tot rentrer ? Non, aucun bruit, personne.
En avançant vers moi son visage pour m'embrasser, elle dénoua sa serviette. Ses seins étaient minuscules, son corps doux et chétif comme celui de mon hirondelle : il me semblait en approchant ma bouche de son sexe, que j'aurais pu briser ses petits os d'un seul coup de dent.
Il y avait plusieurs mois que je n'avais pas fait l'amour, et l'alcool n'aide pas tellement : en général, on est lourd, engourdi, il est difficile de bander, mais Anouk me branla avec gentillesse. Sa main était chaude, presque fondante, et ses longs doigts aux ongles vernis pressaient ma queue avec une vigueur humide. "Pas de pénétration" dit-elle. De petites lumières clignotaient dans la chambre et nous nous embrassions avec une telle ardeur qu'un peu de salive s'écoulait sur nos corps et mouillait les seins d'Anouk que je pétrissais comme un enragé. Je lui suçai la chatte, longtemps : c'était une joie de fouiller ses lèvres, de lécher toute cette pulpe juteuse et d'ouvrir avec le bout de ma langue les adorables plis de sa vulve. J'avais la bouche en feu, pleine de bave, je ne me contrôlais plus. Elle s'accrochait à mes cheveux en gémissant, et en s'appuyant sur ma tête pour que ma langue aille plus loin dans sa chatte, elle se mit à tressaillir, ses épaules se secouèrent, et elle poussa un cri : sa joie déchira la nuit. Je pensais à Tot, derrière le mur, qui avait forcément entendu.

17 juin 2017

Régis Jauffret - bis

A une époque lointaine dont les lecteurs se souviennent à peine, Regis Jauffret fit son entrée dans cette anthologie. Comme la qualité d'écriture mérite d'être généreusement honorée, il a droit à une deuxième entrée magna cum laude. Cette fois, pour un passage extrait  d'Asiles de fous, prix Femina en 2005: une mère s'adresse à la fille qu'elle n'a jamais eue.


En attendant, agenouille-toi devant celle qui aurait pu devenir ta maman, ton modèle, et espère lui ressembler, l'équivaloir, lui servir de miroir, suce mon fermoir, lèche mon portail, imite ton père, cette mauvaise gouine, avec sa langue rêche, son clitoris vaniteux, qui vexait mes chairs à chaque fois qu'il outrepassait les bornes, entrant tambour battant dans ma ville, campant sur mon île, croisière sur le Nil, ta mère Pyramide pleine de nouveau-nés, ta mère pharaon certes, mais surtout scribe, et tu peux toujours discuter tes créances, elles sont inscrites sur mes tablettes, espèce de fillette née pour enfunébrer avec la complicité de l'amour, et si les bébés restent en toi comme des crottes, si tu refuses de les provoquer, de les expulser, si tu te refuses à la maternité, je te conchie d'avance, démente célibataire, langouste sans ambition, tu traîneras toute ta vie des minots imaginaires, des salopiots d'autant plus impossibles à élever, à remettre à leur place, en un mot à aimer, qu'ils n'existeront que dans ta tête de fille qui n'en fait qu'à sa tête, qui désobéit à sa mère, qui refuse de peupler son ventre, de vaginer des mômes pour perpétuer la tradition.

21 nov. 2016

Claude Louis-Combet

Ecrivain du fantasme, le précieux Claude Louis-Combet a souvent revisité les mythes classiques. Dans Gorgô, publié en 2011, il réinterprète celui des Gorgones et de la Méduse. Gorgô la Méduse met à mort le mâle imprudent, par elle fasciné.


L'homme est à genoux, il a le phalle tendu comme un épieu et il ne sait à quelle issue il le voue. Il se passe des choses indescriptibles : une main qui l'empoigne, une mâchoire qui le blesse, une vulve qui le brûle, une puissance d'appétit qui n'est pas le sien, qui le malaxe et le dévore, une volée de tentacules qui lui fouette le sang, une ruée de serpents, des morsures violentes, des têtes vipérines qui dardent et qui ardent, et le venin qui embrase les chairs, et le désir qui ne succombe pas, et la folie du rut qui occupe le temps sans relâche, et Gorgô qui halète, et Gorgô qui fouette, et la femme de désir qui l'emporte sur tous les désirs, qui les contient tous et les épuise tous. A la fin, l'homme n'est qu'un chiffon qu'elle jettera bientôt, mais comme son sexe est aussi raide qu'au premier matin et que rien de sa semence n'a jailli, la femme l'arrache de son ventre, elle le secoue à mort, elle tire la peau qui se déchire, elle boit le sang qui coule, elle broie la tige avec ses dents, les serpents s'y mettent, à leur tour, et sucent, ils entrent dans le dedans, ils forent la chair jusqu'à la source, ils crèvent les testicules, la laitance se répand, la liesse est à son comble, sous un ciel sans pitié dont l'ardeur ne se détend pas. Gorgô a rugi. Et tout s'est apaisé.

27 oct. 2016

Eric Reinhardt

Eric Reinhardt publie en 2014 son sixième roman L'amour et les forêts. Ce livre rencontre un grand succès éditorial. Il raconte l'histoire de Bénédicte Ombredanne, professeur de français harcelée par son mari. Le long passage suivant est tirée du chapitre où Bénédicte décide de réaliser un saut quantique et d'exercer sa liberté en délaissant mari et enfants pour partir à la rencontre de Christian, un homme trouvé sur internet.


Il la fit jouir avec sa langue, en lui laissant du temps et de l'espace, afin qu'elle puisse reprendre confiance en elle, lentement, en toute quiétude, sans astreinte d'aucune sorte.
Un grand portrait d'ecclésiastique, à l'huile, dense et sombre, datant du XVIIème siècle, surplombait, disposés sur une commode, un nu en bronze, des flacons de parfum, une pendule dont les aiguilles lui rappelaient les flèches qu'elle avait tirées, conclues chacune par un accent circonflexe acéré.
Elle passa sa langue sur les dents blanches de Christian, une à une, en le regardant dans les yeux avec de vives lueurs de joie, ce qui le fit sourire.
Il est déjà si tard ?
Pas encore, ne t'inquiète pas, elle ne marche plus, lui répondit Christian en la renversant de nouveau sur les draps.
L'ecclésiastique était ridé, sa peau était cireuse, l'œil minuscule qu'il opposait au monde était intimidant, c'était du haut d'un piédestal de désapprobation qu'il envisageait les humains qui croisaient son regard rectiligne, immensément pensif et réticent, sans indulgence.
Christian fut désolé d'avoir joui sur son ventre, abondamment, quatre ou cinq salves venues frapper sa peau marbrée, au terme de leur premier coït. Il s'excusa platement, il n'avait pas osé venir en elle, ne sachant pas si elle avait un moyen de contraception. Tu aurais pu, Christian, lui dit-elle. La prochaine fois, je voudrais que tu jouisses en moi.
Dans l'axe du lit, un miroir incliné, retenu au mur par une antique cordelette, permettait à Bénédicte Ombredanne de voir leur corps d'un peu loin, en plan large. La cordelette lui plaisait, elle donnait du recul aux visions que la glace saisissait, le recul du passé.
Elle osa, au démarrage de leur second rapport, prendre le sexe de Christian dans sa bouche, ce qu'elle n'avait jamais pratiqué avec son mari, celui-ci lui ayant dit, peu après leur rencontre qu'il n'aimait pas spécialement ça, qu'il préférait avec la main, de loin.
Il arrivait à Bénédicte Ombredanne de croiser le regard du prélat, ce qui avait pour effet de lui faire sentir à quel point elle était heureuse. La grande beauté de ce moment d'intimité, moment délictueux, méritait bien l'intervention d'un cardinal.
Le sexe de son mari, pointu, avait l'allure d'un animal sournois qui se faufile partout, fouine ou souris, rat, renard. A l'opposé, circoncis et gland massif, le sexe de son amant était franc, attendrissant et sympathique : il lui fit penser à un moine dans une chasuble informe, doté d'une tête énorme, portant la tonsure.
Elle entendait, provenant des arbres qui entouraient la maison, des oiseaux qui chantaient, c'était un poudroiement sonore continuel autour du lit et de leurs corps enchevêtrés.
Une odeur de bon petit plat montait jusqu'à la chambre, discrète, irréfutable, dont Bénédicte ne pouvait s'expliquer la provenance, n'ayant pas vu son amant aux fourneaux.
Après s'être excusé d'avoir souillé son ventre, Christian alla chercher dans la salle de bains attenante à la chambre un gant de toilette mouillé d'eau tiède et une serviette-éponge de couleur parme, parfumée, qu'il passa sur sa peau avec douceur la nettoyant délicatement.
Au contact de sa langue, surprise, le gland charnu se révéla divinement excitant, elle le sentait qui emplissait sa bouche comme un morceau de nourriture un peu trop gros. Christian poussait des soufflements spectaculaires, rauques, dont il semblait ne pas pouvoir maîtriser l'amplification à mesure que croissait son plaisir.

20 oct. 2016

Jean Echenoz

Le roman de Jean Echenoz Je m'en vais est récompensé du Prix Goncourt en 1999. Faux polar drôlatique, ce livre raconte l'histoire du quinquagénaire Ferrer, galeriste de son état, très attiré par les femmes. Dans la scène suivante, il retrouve Sonia, une ancienne conquête.


Cela fait, l'après-midi, comme il retournait chez Jean-Philippe Raymond pour y récupérer le rapport d'expertise définitif, à peine parvenu au secrétariat Ferrer se retrouva devant Sonia. Toujours la même avec ses Benson et son Ericsson, que Ferrer ne pouvait plus s'empêcher d'associer automatiquement au Babyphone. Elle parut le toiser avec indifférence mais, comme il la suivait dans le couloir menant au cabinet de Raymond, se retournant brusquement elle commença de lui lui reprocher avec hargne de ne jamais l'avoir appelée. Ferrer ne relevant pas cette remarque, elle entreprit ensuite de l'insulter sourdement puis, Ferrer tentant de faire diversion en s'échappant vers les toilettes, elle l'y rejoignit et se rua dans ses bras et ah, dit-elle, prends-moi. Comme il résistait en s'efforçant de lui représenter que ce n'était ni le lieu ni le moment, elle réagit avec violence et se mit à vouloir le griffer et le mordre puis, abandonnant toute retenue, le dégrafer tout en s'agenouillant en vue de va savoir quoi, ne fais pas l'innocent, tu sais parfaitement quoi. Mais, va savoir pourquoi, Ferrer se débattit. Parvenu à rétablir un peu de calme, il put se soustraire à ces divers traitements non sans éprouver des sentiments mélangés.

5 oct. 2016

Virginie Despentes


Vénérable membre de l'académie Goncourt et du jury du prix Femina, l'ancienne punk et pute Virginie Despentes publie la trilogie Vernon Subutex en 2015 et 2016. Dans le premier tome de la série, peinture d'une société malade, on assiste à la descente aux enfers du personnage principal, parti d'un magasin de disques pour terminer SDF sur le trottoir parisien. La scène suivante se déroule dans un somptueux appartement des beaux quartiers parisiens dans lequel un trader cocaïné a organisé une fête décadente.


La fête monte encore d'un cran, on le sent, ça prend, ça prend, ça prend. Janet Jackson, All Nite. Ça commence à fuck fucker, dans les coins, c'est cosmique et c'est crade, tout ce qu'il aime. Les filles sont sèches quand elles sont trop chargées, ça leur fait mal quand on les baise, les gars faites gaffe à vos prépuces. Ça, il le publie sur Twitter. Tant pis pour les déprépucés, avec leur bites qui ne sentent plus rien. Il peut mettre la sienne entre les cuisses de n'importe quelle fille, ce soir. Elles sont venues pour ça, elles voient la taille de l'appartement, ça les chauffe, elles veulent sucer la queue du mec capable de se payer ça. Il voit tout. Il est une surface sensible et alerte. C'est la drogue mais pas seulement - son cerveau est un échangeur géant. Comme au centre-ville de Tokyo.

5 sept. 2016

Stéphane Mallarmé

Le poème de Mallarmé L'image grotesque (Les lèvres roses) fut publié une première fois en 1866 dans le recueil Le nouveau Parnasse satyrique. Il fut publié une seconde fois en 1887, cette fois sous le titre La négresse.


Une négresse par le démon secouée
Veut goûter une enfant triste de fruits nouveaux
Et criminels aussi sous leur robe trouée
Cette goinfre s'apprête à de rusés travaux:

A son ventre compare heureuse deux tétines
Et, si haut que la main ne le saura saisir,
Elle darde le choc obscur de ses bottines
Ainsi que quelque langue inhabile au plaisir

Contre la nudité peureuse de gazelle
Qui tremble, sur le dos tel un fol éléphant
Renversée elle attend et s'admire avec zèle
En riant de ses dents naïves à l'enfant;

Et dans ses jambes où la victime se couche,
Levant une peau noire ouverte sous le crin
Avance le palais de cet étrange bouche
Pâle et rose comme un coquillage marin.

14 févr. 2016

Patrick Modiano

Patrick Modiano obtient le prix Nobel de littérature en 2014. Il entame sa carrière littéraire en 1968 avec son premier roman La place de l'étoile, une farce noire à mi-chemin entre Kafka et les Marx Brothers. Le passage suivant qui a pour cadre le Bois de Boulogne lui ouvre les portes de cet enfer.


Saül arrêta la Delahaye au milieu de l'allée des Acacias. Lui et Isaac entraînèrent Rebecca et la violèrent sous mes yeux. Le commandant Bloch m'avait préalablement passé les menottes et les portières étaient fermées à clé. De toute façon, je n'aurais pas esquissé un geste pour défendre ma fiancée.
Nous prîmes la direction de Bagatelle. Isaïe, plus raffiné que ses deux compagnons, tenait Rebecca par la nuque et introduisit son sexe dans la bouche de ma fiancée. Le commandant Bloch me donnait de petits coups de poignard sur les cuisses, si bien que mon impeccable pantalon S.S. ne tarda pas à dégouliner de sang.
Ensuite la Delahaye s'arrêta au carrefour des Cascades. Isaïe et Isaac sortirent à nouveau Rebecca de la voiture. Isaac l'empoigna par les cheveux et la renversa. Rebecca se mit à rire. Ce rire s'amplifia, l'écho le renvoya à travers tout le bois, il s'amplifia encore, atteignit une hauteur vertigineuse et se brisa en sanglots.

15 nov. 2015

Pierre Lemaitre

Pierre Lemaitre a obtenu la consécration littéraire en recevant le prix Goncourt en 2013. Auparavant, il s'était distingué avec talent dans l'art du thriller. Il a publié en 2009 un roman haletant Robe de marié. Il y raconte l'histoire de Sophie, une jeune femme qui devient peu à peu folle, amnésique et criminelle. Dans sa fuite dans la clandestinité, elle exerce des petits boulots et croise la route d'un petit chef sans scrupules


- Tu viens chercher ton avance ? demande-t-il d'une voix très basse. C'est combien déjà ?
- Mille
- Ça doit pouvoir se faire..., dit-il en lui saisissant la main droite et en la portant à nouveau sur sa braguette.
Et ça se fait, effectivement. Comment ? Sophie ne se rappelle plus très bien, maintenant. Il a dit quelque chose comme : "On s'est compris, hein ?" Sophie a dû faire signe que oui, qu'ils s'étaient compris. En fait, elle n'écoutait pas vraiment, c'était comme une sorte de vertige en elle, quelque chose qui venait du fond d'elle mais qui laissait la tête toute vide. Elle aurait aussi bien pu tomber, là, de tout son poids et disparaître, fondre, s'évanouir dans le sol. Il a dû poser ses mains sur ses épaules et il a appuyé, assez fort, et Sophie s'est sentie glisser à genoux devant lui, ça non plus, elle ne sait plus vraiment. Après, elle a vu son sexe dressé s'enfoncer dans sa bouche. Elle a serré, elle ne se rappelle plus ce qu'elle faisait de ses mains. Non, ses mains ne bougeaient pas, elle n'était plus que sa bouche, simplement fermée sur la queue de ce type. Qu'est-ce qu'elle a fait ? Rien, elle n'a rien fait, elle a laissé l'homme aller et venir dans sa bouche un long moment. Un long moment ? Peut-être pas. Le temps, c'est difficile à évaluer... Ça finit toujours par passer. Si, ça elle s'en souvient : il s'est énervé. Sans doute parce qu'elle n'était pas assez active, il est entré brusquement jusqu'au fond de sa gorge, elle a reculé la tête et s'est cognée contre la porte. Il a dû prendre sa tête entre ses mains, oui, sûrement, parce que ses mouvements de hanche sont devenus plus courts, plus fiévreux. Si, autre chose, il a dit : "Serre, bordel !" En colère. Elle a serré, Sophie, elle a fait comme il fallait. Oui, elle a serré ses lèvres plus fort. Elle fermait les yeux, elle ne se souvient pas vraiment. Après...? Après rien, presque rien. La queue de ce type s'est immobilisée une seconde, il a poussé un grognement rauque, elle a senti son sperme dans sa bouche, c'était très épais, âcre, fortement javellisé, elle a laissé venir tout ça dans sa bouche, comme ça, avec ses mains elle s'essuyait les yeux, c'est tout. Elle a attendu et puis à la fin, quand il a reculé, elle a craché par terre, une fois, deux fois, quand il a vu ça, il a dit : "Salope !", oui, c'est ça qu'il a dit, Sophie a recraché une fois encore en se retenant d'une main contre le sol en ciment. Et puis, quoi... il était là de nouveau devant elle, avec un air furieux. Elle était toujours dans la même position, elle avait mal aux genoux alors elle s'est relevée mais c'était très difficile de se remettre debout. Quand elle a été debout, elle s'est rendue compte pour la première fois qu'il était moins grand qu'elle le pensait. Il avait du mal à rentrer sa queue dans son pantalon, il avait l'air de ne pas savoir comment s'y prendre et se tortillait les hanches. Après quoi il s'est retourné, il est allé à son bureau puis il a lui a fourré les billets dans la main. Il regardait au sol tout ce que Sophie avait recraché, il a dit : "Allez, casse-toi..."

29 mai 2015

Pierre Jean Jouve

Pierre Jean Jouve est un écrivain poète dont Eros hante les œuvres. En 1928, il publie Hecate, premier opus d'un diptyque achevé par Vagadu trois ans plus tard. Les deux romans ont pour personnage principal Catherine Crachat, star de cinéma. Dans l'extrait suivant, nulle description explicite mais une conclusion indéterminée laissant toute liberté au lecteur d'imaginer les "précisions obscènes et rêvées" (citation de Marie Depussé)


Catherine était dans un train qui arrivait à Paris de je ne sais où, de Bâle, ou de Marseille. Catherine Crachat est très belle. Le train avait roulé toute la nuit et nul n'était joli à voir. Cependant il y avait deux hommes dans le compartiment de Catherine. L'un de ces hommes (fort, brun, énergique, je me souviens bien) n'avait pas fermé l'œil depuis le départ, pour ne rien perdre de Catherine somnolente.

Personne sur le quai pour Catherine ; une actrice de cinéma qui revient de tourner dans les montagnes ou près de la mer, ce n'est pas attendu. Catherine sautait sur le quai avec ses longues jambes, vivement, et disparaissait tout de suite. Le monsieur brun avait en vain essayé de la suivre. Catherine emportait un regret, ou disons, un sentiment bizarre.

Un quart d'heure plus tard dans une rame de voitures bloquées rue de Rivoli, le monsieur brun se trouvait à côté d'elle, tous deux immobiles en taxi. Tiens, c'est drôle. Au soleil il paraissait un individu bon et intelligent quelconque. Elle détournait les yeux pour ne pas "l'assassiner", mais apercevant la joie agressive de cet homme elle savait que déjà maintenant elle agissait fortement en lui. Le taxi du monsieur brun collait au sien, alors elle donnait plusieurs ordres contradictoires à son chauffeur et parvenait à semer l'amoureux (puisqu'elle n'éprouvait rien). D'ailleurs elle est peu portée à l'amour facile. Et il faut le remarquer avant d'entendre la suite de l'histoire : Catherine est généralement très froide à l'égard du plaisir, très froide, sauf les circonstances du vrai amour qu'elle a positivement connues, et même lui a-t-il fallu une sorte de grâce dans ces circonstances. Elle n'est pas maternelle et n'a aucune habitude de tendresse. Enfin ce n'est pas celle qui jouit de sa méchanceté, et pourtant souffrir et remuer la souffrance en soi et dans les autres a pour elle de la vertu, car n'est-ce-pas par ce mauvais chemin que l'on va vers une purification?

Tout de même, elle se sentait absolument sur le point de céder au monsieur brun. A quatre heures en fumant une cigarette sur son balcon chaud par-dessus la rue (c'était en été) elle eut la sensation (le désir) d'entendre le voyageur parler en bas avec la concierge Mme Pouche. Elle se pencha. A la nuit elle alla exprès s'asseoir à la terrasse d'un café sur le boulevard voisin. Et naturellement elle vit surgir le monsieur brun qui se mit à côté d'elle.

Catherine lui demanda son nom et lui dit : "Je dois passer la soirée chez une amie, voulez-vous m'accompagner? Nous finissons par nous connaître." Ils allèrent chez une dame fort bien habitant avenue de Valois, qui se nomme Marguerite de Douxmaison. Elle le présenta comme son cousin ou n'importe quoi. Là ils s'observèrent et frôlèrent pendant une heure ou deux. Puis elle le ramena chez elle. Ils parlèrent en buvant du thé de voyages, d'affaires de bourse et de sentiments de famille. Ensuite elle fit des choses assez grossières avec cet homme jusqu'au matin.

26 janv. 2015

Antoine Volodine

Après quelques siècles passés à rédiger des notices d'utilisation d'appareils ménagers, des poèmes diphoniques en langues samoyèdes et des traités de paix pour conflits de basse intensité, Antoine Volodine s'est lancé dans l'écriture de romans. Le dernier, Terminus radieux, publié en 2014 et écrit sous influence chamanique, a reçu le prix Médicis.


Le plus jeune s'éloigne du feu et vient la retrouver. Elle l'exècre  plus que les autres car maintenant que les viols ont pris un caractère non collectif il lui arrive, au lieu de tout de suite la pénétrer par le vagin, de s'accroupir au-dessus de sa tête, de lui frapper et de lui frotter le visage avec sa queue immonde et d'introduire cette queue entre ses lèvres en grognant des insanités obscènes. Or, ce soir-là, après lui avoir désentravé les chevilles, et sans doute parce qu'il obéit à une suggestion télépathique de l'oiseau, il se met, tout en lui faisant part de ses souhaits, à dénouer la corde qui lui immobilisait les poignets. Il l'insulte et, en même temps, il la supplie grossièrement de faire le rut avec entrain, pour changer. Pas comme une masse inerte. Plus comme une fille qui aime le sexe.

A droite, au dessus, dit l'oiseau.

Elle n'a eu aucune réaction jusque-là, se contentant de respirer le moins possible afin de ne pas recevoir l'haleine épouvantable du jeune violeur. Elle gémit une sorte d'approbation, un début de mot que le violeur interprète comme une approbation pâteuse, et elle se met lentement debout, donnant l'impression qu'elle réfléchit à une manière de le satisfaire, et, quand elle est plantée en face de lui, elle attend que l'oiseau lui donne des ordres.

Lève le bras comme pour amorcer une accolade, conseille l'oiseau.

Enivré par la demande qu'il a faite, le violeur ne soupçonne rien. L'oiseau l'incite à se détendre, et même à fermer les yeux pour accueillir la surprise qui l'attend; De toute façon, les ténèbres sont épaisses, et les flammes de feu de camp n'éclairent que très, très médiocrement la scène.

Le manche de l'écorçoir, reprend l'oiseau en s'adressant à Myriam Oumarik. Un peu plus à droite encore.

Myriam Oumarik tâtonne pendant une seconde.

Maintenant, ordonne l'oiseau.

Myriam Oumarik retire l'écorçoir de l'endroit où il se trouve, en effet facilement accessible et retenu par rien, et elle en promène horizontalement la lame entre les épaules du violeur, à la base du cou. Juste sous le larynx, comme on le lui dit.

22 sept. 2014

André Schwarz-Bart

André Schwarz-Bart obtient en 1959 le prix Goncourt avec Le dernier des Justes, son premier roman. Dans ce livre, l'auteur retrace la persécution des Juifs en Europe du XIIème siècle au XXème à travers le destin d'une famille, les Lévy. Le dernier de ses représentants, Ernie, se retrouve à Marseille pendant la seconde guerre mondiale.


Craignant le pire, il décida de présenter au plus vite ses hommages à une demoiselle de trottoir. Mais quittée l'encoignure sombre où elle se tenait, il fut touché par son allure de bête lasse ; et lorsqu'elle se tint devant lui, dans un galetas, papotante et affable sous l'ampoule nue qui dessinait cruellement ses traits, le jeune homme fou ressentit une douleur déchirante dans sa poitrine.
- Excusez-moi, madame la putain, dit-il avec son accent étrange, j'ai changé d'avis. Soyez assez bonne pour accepter cet argent et me laisser partir.
- Tu es malade ? Tu as du chagrin ? Je ne te plais pas ? Comme tes yeux sont tristes ; toi, tu es un étranger qui n'est pas d'ici.
- Le chagrin, dit Ernie, ça n'est pas pour moi.
- Tu as donc de la peine ?
Ernie s'assit sur le lit, réfléchit, s'inventa une biographie ; lorsqu'il en eut terminé avec sa famille de Marseille, il passa à ses grands-parents de Toulon, aux attaches multiples qu'il possédait dans la région de Nîmes, dévidant tout cela comme autant de titres qui le constitueraient en homme à la face du monde. "Et vous ?" demanda-t-il enfin.
La fille hésita, s'offrit un enfant, puis deux ; enfin les agrémenta d'une vieille mère, car ce sont de ces choses qui approfondissent le pathétique. Puis elle se mit à plaisanter, et, de boutade en mignardise, éteignit la lumière avec une sorte de discrétion amoureuse. Elle babillait même tandis qu'elle faisait subir au malheureux dément les derniers outrages.

28 févr. 2014

Claro

En plusieurs occasions, Claro a été loué sur ce site pour ses traductions. Voici venu le moment de lui rendre hommage pour l'un de ses romans : CosmoZ, publié en 2010. Ce livre est inspiré du célèbre livre pour enfants 'Le magicien d'Oz'. Dans la scène suivante, le Dr Bergfield et son assistante Miss Glinda concluent un acte chirurgical réalisé sur la personne de Frank Baum (l'auteur du magicien d'Oz) par un acte digne de figurer dans cette anthologie.


Bergfield laisse sa nuque épouser le cuir alvéolé du dossier de la chaise, le scalpel lui tombe des doigts, ses genoux se serrent, Glinda glisse aux pieds du totem Bergfield puis, élastique/goulue/experte, embouche sa hampe, pianote quelques gammes et hop, absorbe en hoquetant la substance bergfieldienne, et pour la énième (et sans doute dernière) fois, de toute cette grandiloquente et suave chiennerie, il ne naît rien.
Les parents doivent s'impatienter, murmure Glinda d'une voix bizarrement onctueuse.
Certes, certes, toussote Bergfield en se reculottant.
Collé à son tube de cendre, le cigare a cessé de fumer.

27 déc. 2013

Jean Rolin

Dans Un chien mort après lui, publié en 2009, Jean Rolin nous livre le récit d'une quête des chiens errants qui l'a mené aux quatre coins du monde. Ce texte est l'occasion de fournir diverses digressions, dont la suivante présentée ici.

Cette réflexion d'Eduardo me rappela dans quelles circonstances j'avais vu pour la première fois un chien errant de México : c'était à Paris, rue Rambuteau, dans le film de Carlos Reygadas intitulé Batalla en el cielo. Le premier plan de ce film, un plan extrêmement long, montre une jeune femme de la bonne société, agenouillée, en train de sucer le sexe du chauffeur de son père. Il ne s'agit pas à proprement parler d'une scène excitante, les deux protagonistes témoignant d'une égale morosité. Dans le plan suivant, c'est la nuit, vraisemblablement le jour ne va pas tarder à se lever, et on retrouve le chauffeur, plus alerte, défilant avec la fanfare aux accents de laquelle est envoyé chaque matin le gigantesque drapeau qui flotte dans la journée au-dessus de la place du Zocalo. Un chien errant, comme il s'en rencontre beaucoup dans ce quartier historique de México, passe dans le champ, qu'il se soit trouvé là par hasard au moment où la scène était tournée, ou qu'on l'y ait délibérément fait figurer.

6 oct. 2013

Jean-Luc Lagarce

Le metteur en scène et auteur Jean-Luc Lagarce, mort du sida à l'âge de 38 ans, fait partie de la charrette des écrivains maudits. Il est mort sans jamais avoir été publié. Son Journal entamé en 1977 et tenu jusqu'à sa mort en 1995 est publié en 2007 par la maison d'édition qu'il avait lui-même créée.


Lundi Soir au Transfert (le Bar) un garçon exceptionnellement beau est entré, mettant en émoi tous ces messieurs.
Mon pessimisme ne m'encourage jamais à tenter ma chance et celui-là vraiment était trop "terriblement beau" pour être sans risque.
Mais le jeune Dieu me veut, et moi je ne bande même pas tant il me semble intouchable.
J'essaie de détourner son attention (d'autres lui font la danse des sept voiles). Je suis tellement certain de mon absence de chance que j'imagine divers scénarios (rii). Il drague pour d'autres ou il allume et s'en va à l'instant fatal.
Je crois voir passer un imperceptible clin d'oeil et un léger sourire indiquant la sortie. Il s'en va. Je le suis. Nous sommes dans la rue. Nous marchons à vingt mètres l'un de l'autre.
Nous nous caressons avec toute la tendresse du monde dans les fourrés (dégarnis et humides) des Tuileries. Il ne peut me suivre jusqu'à Montparnasse, il est en effet "accompagné" d'un gros type âgé, laid et riche à n'en pas douter.
C'est idiot cela, et je n'accorde jamais une importance essentielle à la beauté la plus académique mais il est probablement l'homme le plus beau, avec le corps et le visage les plus beaux, que j'aie rencontré de ma vie. Au sens le plus objectif du terme. C'est à dire qu'il était un homme que tout le monde, même sans désir, admettrait comme extrêmement beau.
Il était là, le pantalon sur les chaussures et tout dans son torse, son ventre, ses cuisses, son visage, ses épaules ou son cul était une perfection de la statuaire grecque ou de la revue porno la plus excitante.
Le pire ou le plus étrange c'est qu'il semblait plus excité par moi que je ne semblais l'être par lui (j'étais un peu emprunté ne sachant trop où s'arrêterait la plaisanterie...). Il venait se loger dans le creux de mon blouson et gémissait doucement lorsque je lui mangeais l'oreille, les seins ou la queue.

Il est américain, il s'appelle John. Il me serra la main très cérémonieusement et partit presque en courant retrouver son affreux banquier. On ne se reverra jamais, c'est mieux ainsi, il pourrait avoir mis ses lentilles la prochaine fois.

8 sept. 2013

Guillaume Dustan

Les romans de Guillaume Dustan ont été des électrochocs dans le paysage littéraire français des années 90. Dans ma chambre, son premier roman, en réalité un récit autobiographique, est publié en 1996.


A huit heures dix il sonne. J'ouvre la porte. Il a l'air bien excité. Je fais demi-tour. Je croise mes poignets pour qu'il attache les menottes à la grosse laisse qui me pend dans le dos. Clic. Je commence à bander. Il entre, il ferme la porte derrière lui, je me suis déjà mis à genoux face à son paquet, j'ouvre la bouche au maximum, c'est difficile à cause du cuir de la cagoule, il descend sa braguette à toute vitesse, sort sa bite à demi bandée. J'en profite pour l'avaler à fond, jusqu'au pubis. Je tète. Il grossit vite. Ça m'oblige à reculer mais je reviens dessus et comme je suis bien excité j'arrive à tout prendre jusqu'à ce que j'aie son gland derrière la glotte, je le branle comme ça en fond de gorge en respirant comme je peux par le nez, je bave un maximum.

Ça fait cinq bonne minutes que je pompe, je commence à redescendre. Je me mets à sucer plus mollement, je vais le long de sa queue, je suce seulement le gland. Pas longtemps parce qu'il m'attrape par le haut de la cagoule et qu'il me force à le pomper à nouveau bien à fond. Ça me réexcite aussi sec. Au bout d'un moment il me tire la tête en arrière. Il me regarde d'en haut. Petite salope ! Il me crache dessus. Wow ! Je suis tellement content que ça démarre aussi bien que je fais un truc que je ne fais pas d'habitude parce que je trouve que c'est sale mais là j'en ai envie pour bien montrer qui est qui ce soir. Je me baisse et je commence à lui lécher les pompes. En même temps j'écarte les jambes et je me cambre à fond pour bien offrir mon cul. Je sais que c'est une vision assez sympa : au centre de mon cul, poilu sauf la raie qui est rasée de frais, les couilles et le bout rose fluo du gode qui émerge de mon trou, retenus par la lanière de mon string en cuir. Plus haut il peut voir mes mains attachées à la laisse au milieu de mon dos, plus haut encore le collier de chien en cuir autour de mon cou, l'arrière lacé de la cagoule. Je n'ai pas mis mes chaps pour avoir l'air plus vulnérable, mais j'ai mes rangers avec des grosses chaussettes marron en synthétique un peu trash roulées au-dessus.

Il me claque le cul. Quand ça devient trop fort je remonte lui bouffer les couilles et le sucer. Il m'arrête, il me pousse à terre, il est un peu brusque mais tant pis, ce n'est pas le moment de faire des remarques, il m'attrape par le cou, il me tire vers la chambre. J'avance comme je peux, moitié sur les genoux, moitié en rampant. Il en profite pour me claquer le cul, vraiment fort. Arrivés à la chambre, il me prend par les épaules, me jette sur le lit, je me mets en position, torse sur le bas du lit toujours à genoux cul en l'air, non, ce n'est pas ce qu'il veut, il me fait monter sur le lit, je me remets en position, rangers bien écartées dans le vide, je baisse mon cul pour qu'il ne soit pas trop haut pour sa bite, pendant ce temps il va chercher une capote, il se la met, il me claque le cul deux trois fois, il écarte la lanière du string, le gode commence à sortir de lui-même, il pousse dessus pour le remettre à fond une fois, deux fois, et puis il le vire, il le jette sur le lit, il rentre sa grosse bite à la place et il me baise comme une reine.

On ne le refait jamais. Je trouve que ce serait nase de lui refaire exactement le même coup donc j'attends qu'il me le propose. Il ne le fait pas.