Le monde de Barney, publié en 1997, est le dernier roman écrit par l'écrivain canadien Mordecai Richler. C'est est un de ses grands succès. Oeuvre en partie autobiographique, le roman retrace la vie du juif Barney Panofsky, installé pendant un temps à Paris où son appétit pour la vie trouve matière à s'exprimer, comme en témoigne l'extrait suivant.
Si S. reconnaît avoir atteint la quarantaine, je la soupçonne d'être plus avancée en âge, ce dont témoignent ses vergetures. Celle qui a décidé d'être ma houri ne risque guère d'être confondue avec Aphrodite mais elle a de la joliesse et elle est mince. Elle commence à s'imbiber dès le matin ("gin-martini, comme la reine d'Angleterre", précise-t-elle), et c'est elle qui a bu presque toute la bouteille de vin au dîner ce soir, tout en me faisant comprendre d'un signe qu'elle avait les jambes écartées sous la table, une invite à retirer une chaussure et la chaussette afin que je la masse avec mes doigts de pied en catimini.
Ensuite nous nous réfugions dans ma sordide chambre d'hôtel que S. affecte d'adorer parce qu'elle comble sa "nostalgie de la boue" et correspond à son idée de ce que doit être le lot d'un jeune artiste méritant. Nous copulons à deux reprises, une fois en proue, une autre en poupe, puis je me refuse de me prêter au cunnilingus, ce qui la rend maussade. Elle retrouve néanmoins tout son allant lorsque, à sa demande insistante, je lui lis un passage de mon futur roman, qu'elle trouve "merveilleux, vraiment remarquable".
Elle rêve d'apparaître dans ma prose, sous le nom d'Héloïse si possible.
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15 déc. 2013
25 nov. 2012
Barbara Gowdy
En 1992, la Canadienne Barbara Gowdy publie le recueil de nouvelles On pense si peu à l'amour. Parmi les huit histoires de ce livre, celle qui a donné le titre à l'ensemble met en scène une femme nécrophile employée dans une entreprise de pompes funèbres. L'extrait ci-dessous raconte sa rencontre avec Matt qui est tombé amoureux d'elle.
Nous nous sommes rencontrés dans la boutique de doughnuts en face de la bibliothèque de médecine, nous avons commencé à parler, et nous nous sommes plu aussitôt, une expérience inhabituelle pour l'un comme pour l'autre. Au bout d'une heure environ, je savais qu'il m'aimait et que son amour était sans réserve. Quand je lui appris où je travaillais et ce que j'étudiais, il me demanda pourquoi.
"Parce que je suis nécrophile."
Il leva la tête et me dévisagea. Ses yeux ressemblaient à des moniteurs haute définition. Presque trop vivants. Normalement, je n'aime pas regarder les gens dans les yeux, mais je me surpris à le dévisager à mon tour. Je voyais bien qu'il me croyait.
"Je ne l'ai jamais avoué à personne d'autre.
- Avec des hommes ou avec des femmes ?
- Des hommes. De jeunes hommes.
- Comment ?
- Cunnilingus.
- Des cadavres récents ?
- Si c'est possible.
- Que fais-tu, tu leur montes dessus ?
- Oui.
- Tu es excitée par le sang.
- C'est un lubrifiant. C'est coloré. Stimulant. C'est le fluide corporel suprême.
- Oui, reconnut-il, en hochant la tête. Quand on y réfléchit. Le sperme propage la vie. Mais le sang la maintient. Le sang est fondamental."
Nous nous sommes rencontrés dans la boutique de doughnuts en face de la bibliothèque de médecine, nous avons commencé à parler, et nous nous sommes plu aussitôt, une expérience inhabituelle pour l'un comme pour l'autre. Au bout d'une heure environ, je savais qu'il m'aimait et que son amour était sans réserve. Quand je lui appris où je travaillais et ce que j'étudiais, il me demanda pourquoi.
"Parce que je suis nécrophile."
Il leva la tête et me dévisagea. Ses yeux ressemblaient à des moniteurs haute définition. Presque trop vivants. Normalement, je n'aime pas regarder les gens dans les yeux, mais je me surpris à le dévisager à mon tour. Je voyais bien qu'il me croyait.
"Je ne l'ai jamais avoué à personne d'autre.
- Avec des hommes ou avec des femmes ?
- Des hommes. De jeunes hommes.
- Comment ?
- Cunnilingus.
- Des cadavres récents ?
- Si c'est possible.
- Que fais-tu, tu leur montes dessus ?
- Oui.
- Tu es excitée par le sang.
- C'est un lubrifiant. C'est coloré. Stimulant. C'est le fluide corporel suprême.
- Oui, reconnut-il, en hochant la tête. Quand on y réfléchit. Le sperme propage la vie. Mais le sang la maintient. Le sang est fondamental."
23 août 2010
Nancy Huston
Lignes de faille, roman publié par Nancy Huston en 2006 et couronné du prix Femina est la suite de quatre récits racontés par quatre enfants : celui d'un petit américain Sol, celui de son père Randall, celui de la mère de ce dernier Sadie et enfin celui de la mère de Sadie en Allemagne nazie. L'extrait suivant est tiré du récit de Sadie, cachée dans sa chambre et observant par le trou de la serrure sa mère venant d'accueillir chez elle un inconnu.
Maintenant ma mère est totalement nue avec cet inconnu qui est toujours habillé. Elle va ouvrir le canapé-lit ( le même lit qu'elle partage toutes les nuits avec papa) et pendant ce temps l'homme se déshabille avec des gestes lents, après quoi il est nu lui aussi et je vois son truc qui est debout et se balance.
Il se met à genoux sur le lit et à mon horreur ma mère se met à genoux devant lui et prend ça dans sa bouche, ce qui me donne la nausée alors je m'éloigne un moment de la porte, le coeur battant fort, et essaie de me calmer en regardant les flocons de neige qui flottent dehors dans l'auréole des lampadaires, et quand au bout d'un long moment je m'agenouille à nouveau ma mère a tourné le dos à l'inconnu, il lui tient les mains serrées derrière le dos comme pour la menotter et pendant ce temps il entre et sort de son corps comme Hilare avec le caniche nain sauf que ses mouvements sont plus lents et au lieu de gémir il lui dit des mots étrangers à voix basse.
Maintenant ma mère est totalement nue avec cet inconnu qui est toujours habillé. Elle va ouvrir le canapé-lit ( le même lit qu'elle partage toutes les nuits avec papa) et pendant ce temps l'homme se déshabille avec des gestes lents, après quoi il est nu lui aussi et je vois son truc qui est debout et se balance.
Il se met à genoux sur le lit et à mon horreur ma mère se met à genoux devant lui et prend ça dans sa bouche, ce qui me donne la nausée alors je m'éloigne un moment de la porte, le coeur battant fort, et essaie de me calmer en regardant les flocons de neige qui flottent dehors dans l'auréole des lampadaires, et quand au bout d'un long moment je m'agenouille à nouveau ma mère a tourné le dos à l'inconnu, il lui tient les mains serrées derrière le dos comme pour la menotter et pendant ce temps il entre et sort de son corps comme Hilare avec le caniche nain sauf que ses mouvements sont plus lents et au lieu de gémir il lui dit des mots étrangers à voix basse.
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