Tom Sharpe est le créateur du anti-héros Henry Wilt que l'on retrouve dans cinq romans, à l'humour irrésistible et déjanté, so british. Dès les premières pages du premier livre de la série, Wilt, publié en 1976, le décor est planté, avec en particulier la plantureuse épouse Eva.
Puis il ouvrit la porte et pénétra chez lui.
Il y avait dans l'entrée une odeur bizarre. Une espèce de parfum. A la fois musqué et sucré. Il posa sa sacoche et jeta un regard au salon. Eva était évidemment sortie. Il entra dans la cuisine, mit la bouilloire sur le feu et se tâta le nez. Il se promit de l'examiner en détail dans la glace de la salle de bains. Il était à peu près au milieu de l'escalier et se disait qu'il y avait quelque chose de vraiment méphitique dans ce parfum quand il fut arrêté net dans sa progression. Eva Wilt se tenait sur le seuil de la chambre, vêtue d'un ensemble-pyjama outrageusement jaune avec un pantalon particulièrement acide. Elle avait l'air vraiment moche, et pour couronner le tout fumait une longue cigarette mince dans un long fume-cigarette. Sa bouche était d'un rouge resplendissant.
- Petite queue, murmura-t-elle d'une voix rauque tout en balançant les hanches. Viens un peu par ici. Je vais te sucer les seins et tu me feras jouir avec ta bouche.
18 mars 2018
1 janv. 2018
Dany Laferrière
Dany Laferrière, membre de l'Académie Française et lauréat du prix Médicis en 2009, a publié son premier roman en 1985 Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer.
Avec une écriture sèche et minimaliste, l'auteur raconte la vie de deux jeunes noirs de Montréal partagée entre jazz, sexe, et discussions philosophiques.
Sans avertissement, j’éjacule – d’un jet puissant, éclaboussant tout le visage de Miz Littérature. Elle rejette, brusquement, la tête en arrière et j’ai le temps de voir une curieuse lumière au fond de ses yeux. Et elle replonge, bouche ouverte, vers mon pénis comme un piranha. Elle suce. Je grandis. Elle me chevauche. Ce n’est plus une de ces baises innocentes, naïves, végétariennes, dont elle a l’habitude. C’est une baise carnivore. Miz Littérature a commencé par pousser deux ou trois cris stridents. Le vase de pivoines, au-dessus de ma tête, menace à tout moment de nous fendre le crâne. Je fais l’amour au bord du gouffre. Miz Littérature s’est accroupie dans une sale position et elle monte et descend lentement le long de mon zob. Un mât suiffé. Son visage est complètement rejeté en arrière. Ses seins quasiment pointés vers le ciel et un sourire douloureux au coin de sa bouche. Je caresse ses hanches, son torse en sueur et la pointe exacerbée de ses seins. Elle se met tout à coup à me lancer de rapides et violentes saccades et un son rauque lui monte à la bouche.
- Baise-moi !
Avec une écriture sèche et minimaliste, l'auteur raconte la vie de deux jeunes noirs de Montréal partagée entre jazz, sexe, et discussions philosophiques.
Sans avertissement, j’éjacule – d’un jet puissant, éclaboussant tout le visage de Miz Littérature. Elle rejette, brusquement, la tête en arrière et j’ai le temps de voir une curieuse lumière au fond de ses yeux. Et elle replonge, bouche ouverte, vers mon pénis comme un piranha. Elle suce. Je grandis. Elle me chevauche. Ce n’est plus une de ces baises innocentes, naïves, végétariennes, dont elle a l’habitude. C’est une baise carnivore. Miz Littérature a commencé par pousser deux ou trois cris stridents. Le vase de pivoines, au-dessus de ma tête, menace à tout moment de nous fendre le crâne. Je fais l’amour au bord du gouffre. Miz Littérature s’est accroupie dans une sale position et elle monte et descend lentement le long de mon zob. Un mât suiffé. Son visage est complètement rejeté en arrière. Ses seins quasiment pointés vers le ciel et un sourire douloureux au coin de sa bouche. Je caresse ses hanches, son torse en sueur et la pointe exacerbée de ses seins. Elle se met tout à coup à me lancer de rapides et violentes saccades et un son rauque lui monte à la bouche.
- Baise-moi !
1 déc. 2017
Eric Vuillard
Avant d'obtenir cette année le prix Goncourt, Eric Vuillard a publié quelques romans puissants dont l'épique Conquistadors en 2009. Ce roman retrace l'histoire de la conquête du Pérou par les Espagnols emmenés par Francisco Pizarre et ses frères.
On passa à Guamachuco, à Tarma, à Bombon. On croisa des Indiens vêtus de mille manières, coiffés de toutes sortes de plumes et de chapeaux, des races différentes, des langues pareilles au miaulement d'un chat. Pedro Pizarre raconte que les gens de Huailas étaient considérés par les autres comme repoussants parce qu'ils léchaient le sexe de leurs femmes.
On passa à Guamachuco, à Tarma, à Bombon. On croisa des Indiens vêtus de mille manières, coiffés de toutes sortes de plumes et de chapeaux, des races différentes, des langues pareilles au miaulement d'un chat. Pedro Pizarre raconte que les gens de Huailas étaient considérés par les autres comme repoussants parce qu'ils léchaient le sexe de leurs femmes.
26 août 2017
Yannick Haenel
Yannick Haenel, lauréat de quelques prix littéraires lors de la décennie précédente, poursuit dans son dernier roman Tiens ferme ta couronne, l'exploration de ses thèmes obsessionnels. Dans ce livre, un écrivain un peu raté raconte sa plongée dans la déchéance avant le rebond résurectionnel. Dans le passage suivant, le voilà passant une soirée avec Anouk, la copine de son voisin Tot, qui a eu la mauvaise idée de s'absenter.
Elle revint avec une serviette nouée autour d'elle, les cheveux mouillés, parfumée de citron et de fleur d'oranger; elle s'allongea à mon côté en souriant; de petites gouttes ruisselaient sur ses épaules; le vernis de ses orteils était orange.
Avais-je entendu Tot rentrer ? Non, aucun bruit, personne.
En avançant vers moi son visage pour m'embrasser, elle dénoua sa serviette. Ses seins étaient minuscules, son corps doux et chétif comme celui de mon hirondelle : il me semblait en approchant ma bouche de son sexe, que j'aurais pu briser ses petits os d'un seul coup de dent.
Il y avait plusieurs mois que je n'avais pas fait l'amour, et l'alcool n'aide pas tellement : en général, on est lourd, engourdi, il est difficile de bander, mais Anouk me branla avec gentillesse. Sa main était chaude, presque fondante, et ses longs doigts aux ongles vernis pressaient ma queue avec une vigueur humide. "Pas de pénétration" dit-elle. De petites lumières clignotaient dans la chambre et nous nous embrassions avec une telle ardeur qu'un peu de salive s'écoulait sur nos corps et mouillait les seins d'Anouk que je pétrissais comme un enragé. Je lui suçai la chatte, longtemps : c'était une joie de fouiller ses lèvres, de lécher toute cette pulpe juteuse et d'ouvrir avec le bout de ma langue les adorables plis de sa vulve. J'avais la bouche en feu, pleine de bave, je ne me contrôlais plus. Elle s'accrochait à mes cheveux en gémissant, et en s'appuyant sur ma tête pour que ma langue aille plus loin dans sa chatte, elle se mit à tressaillir, ses épaules se secouèrent, et elle poussa un cri : sa joie déchira la nuit. Je pensais à Tot, derrière le mur, qui avait forcément entendu.
Elle revint avec une serviette nouée autour d'elle, les cheveux mouillés, parfumée de citron et de fleur d'oranger; elle s'allongea à mon côté en souriant; de petites gouttes ruisselaient sur ses épaules; le vernis de ses orteils était orange.
Avais-je entendu Tot rentrer ? Non, aucun bruit, personne.
En avançant vers moi son visage pour m'embrasser, elle dénoua sa serviette. Ses seins étaient minuscules, son corps doux et chétif comme celui de mon hirondelle : il me semblait en approchant ma bouche de son sexe, que j'aurais pu briser ses petits os d'un seul coup de dent.
Il y avait plusieurs mois que je n'avais pas fait l'amour, et l'alcool n'aide pas tellement : en général, on est lourd, engourdi, il est difficile de bander, mais Anouk me branla avec gentillesse. Sa main était chaude, presque fondante, et ses longs doigts aux ongles vernis pressaient ma queue avec une vigueur humide. "Pas de pénétration" dit-elle. De petites lumières clignotaient dans la chambre et nous nous embrassions avec une telle ardeur qu'un peu de salive s'écoulait sur nos corps et mouillait les seins d'Anouk que je pétrissais comme un enragé. Je lui suçai la chatte, longtemps : c'était une joie de fouiller ses lèvres, de lécher toute cette pulpe juteuse et d'ouvrir avec le bout de ma langue les adorables plis de sa vulve. J'avais la bouche en feu, pleine de bave, je ne me contrôlais plus. Elle s'accrochait à mes cheveux en gémissant, et en s'appuyant sur ma tête pour que ma langue aille plus loin dans sa chatte, elle se mit à tressaillir, ses épaules se secouèrent, et elle poussa un cri : sa joie déchira la nuit. Je pensais à Tot, derrière le mur, qui avait forcément entendu.
17 juin 2017
Régis Jauffret - bis
A une époque lointaine dont les lecteurs se souviennent à peine, Regis Jauffret fit son entrée dans cette anthologie. Comme la qualité d'écriture mérite d'être généreusement honorée, il a droit à une deuxième entrée magna cum laude. Cette fois, pour un passage extrait d'Asiles de fous, prix Femina en 2005: une mère s'adresse à la fille qu'elle n'a jamais eue.
En attendant, agenouille-toi devant celle qui aurait pu devenir ta maman, ton modèle, et espère lui ressembler, l'équivaloir, lui servir de miroir, suce mon fermoir, lèche mon portail, imite ton père, cette mauvaise gouine, avec sa langue rêche, son clitoris vaniteux, qui vexait mes chairs à chaque fois qu'il outrepassait les bornes, entrant tambour battant dans ma ville, campant sur mon île, croisière sur le Nil, ta mère Pyramide pleine de nouveau-nés, ta mère pharaon certes, mais surtout scribe, et tu peux toujours discuter tes créances, elles sont inscrites sur mes tablettes, espèce de fillette née pour enfunébrer avec la complicité de l'amour, et si les bébés restent en toi comme des crottes, si tu refuses de les provoquer, de les expulser, si tu te refuses à la maternité, je te conchie d'avance, démente célibataire, langouste sans ambition, tu traîneras toute ta vie des minots imaginaires, des salopiots d'autant plus impossibles à élever, à remettre à leur place, en un mot à aimer, qu'ils n'existeront que dans ta tête de fille qui n'en fait qu'à sa tête, qui désobéit à sa mère, qui refuse de peupler son ventre, de vaginer des mômes pour perpétuer la tradition.
En attendant, agenouille-toi devant celle qui aurait pu devenir ta maman, ton modèle, et espère lui ressembler, l'équivaloir, lui servir de miroir, suce mon fermoir, lèche mon portail, imite ton père, cette mauvaise gouine, avec sa langue rêche, son clitoris vaniteux, qui vexait mes chairs à chaque fois qu'il outrepassait les bornes, entrant tambour battant dans ma ville, campant sur mon île, croisière sur le Nil, ta mère Pyramide pleine de nouveau-nés, ta mère pharaon certes, mais surtout scribe, et tu peux toujours discuter tes créances, elles sont inscrites sur mes tablettes, espèce de fillette née pour enfunébrer avec la complicité de l'amour, et si les bébés restent en toi comme des crottes, si tu refuses de les provoquer, de les expulser, si tu te refuses à la maternité, je te conchie d'avance, démente célibataire, langouste sans ambition, tu traîneras toute ta vie des minots imaginaires, des salopiots d'autant plus impossibles à élever, à remettre à leur place, en un mot à aimer, qu'ils n'existeront que dans ta tête de fille qui n'en fait qu'à sa tête, qui désobéit à sa mère, qui refuse de peupler son ventre, de vaginer des mômes pour perpétuer la tradition.
6 avr. 2017
Donald Ray Pollock
Après plus de trente ans de travail comme ouvrier et chauffeur de poids-lourd, Donald Ray Pollock entre en littérature. En 2008, il publie son premier livre, un recueil de nouvelles : Knockemstiff. C'est le nom du trou paumé de l'Ohio, où Pollock a passé son enfance. Ce livre est la version littéraire d'Affreux, Sales et Méchants.
Quand Leo en a eu terminé avec Randy, il a fait signe à Del de l'aider à se relever. Le vieux haletait. Del a entendu ses genoux craquer quand il s'est relevé. On aurait dit un éboulement de terrain dans un vieux western. Une goutte blanche du foutre de Randy reposait sur sa lèvre inférieure comme une limace saupoudrée de sel. Le peignoir de Leo s'est défait, révélant des marques violettes distendues qui lui barraient le ventre. Ensuite il a pété et est allé chercher en claudiquant sa bouteille de Listerine. Il a levé le coude comme un poivrot ferait avec une bonbonne. Randy regardait tout ça comme un glandeur dans une station-service, qui attendrait, silencieux et pétrifié, qu'une autre voiture s'amène.
Leo a secoué quelques pièces d'un pot à conserves et en a parsemé la paume de Randy comme s'il était en train de verser de la poudre d'or dans un petit sac. "C'est tout ? a finalement fait Randy, les yeux fixés sur les pièces de cinq, dix et vingt-cinq.
- Ça fait pas mal d'argent, a dit Leo.
- Je t'ai laissé sucer la bite ! a hurlé Randy
- Mettez la en veilleuse, vous deux, a ordonné Leo. C'est tout ce que je paierai pour quelque chose comme ça. Vous avez encore beaucoup à apprendre, vous. J'aurais mieux pris mon pied dans un paquet de bacon." Il a sorti un pain à la cannelle de sa poche de peignoir et s'est mis à le grignoter. "Maintenant, emmène ta mocheté de copain et fichez-moi le camp. Les gars comme vous c'est rien que des ennuis."
Randy a regardé Del et lui a fait signe. " Je veux plus que ça, il a fait, et là Del a balancé la lampe sur le crâne du gros type.
Quand Leo en a eu terminé avec Randy, il a fait signe à Del de l'aider à se relever. Le vieux haletait. Del a entendu ses genoux craquer quand il s'est relevé. On aurait dit un éboulement de terrain dans un vieux western. Une goutte blanche du foutre de Randy reposait sur sa lèvre inférieure comme une limace saupoudrée de sel. Le peignoir de Leo s'est défait, révélant des marques violettes distendues qui lui barraient le ventre. Ensuite il a pété et est allé chercher en claudiquant sa bouteille de Listerine. Il a levé le coude comme un poivrot ferait avec une bonbonne. Randy regardait tout ça comme un glandeur dans une station-service, qui attendrait, silencieux et pétrifié, qu'une autre voiture s'amène.
Leo a secoué quelques pièces d'un pot à conserves et en a parsemé la paume de Randy comme s'il était en train de verser de la poudre d'or dans un petit sac. "C'est tout ? a finalement fait Randy, les yeux fixés sur les pièces de cinq, dix et vingt-cinq.
- Ça fait pas mal d'argent, a dit Leo.
- Je t'ai laissé sucer la bite ! a hurlé Randy
- Mettez la en veilleuse, vous deux, a ordonné Leo. C'est tout ce que je paierai pour quelque chose comme ça. Vous avez encore beaucoup à apprendre, vous. J'aurais mieux pris mon pied dans un paquet de bacon." Il a sorti un pain à la cannelle de sa poche de peignoir et s'est mis à le grignoter. "Maintenant, emmène ta mocheté de copain et fichez-moi le camp. Les gars comme vous c'est rien que des ennuis."
Randy a regardé Del et lui a fait signe. " Je veux plus que ça, il a fait, et là Del a balancé la lampe sur le crâne du gros type.
17 janv. 2017
Jonathan Dee
L'écrivain new-yorkais Jonathan Dee a rencontré un certain succès en France lors de la publication en 2011 de son premier roman traduit en français Les privilèges. Le livre brosse le tableau d'une famille d'ultra-riches, dont la vie est quelque peu déconnectée de celle de la plupart de leurs contemporains. April, la fille de la famille, participe à une soirée décadente dans l'Upper East Side. Et voilà comment cela se termine :
En bas, ils trouvèrent les toilettes; ils entrèrent et fermèrent la porte et s'embrassèrent encore un moment, après quoi April le suça. C'était la façon la plus rapide d'en finir - ridiculement rapide, en fait - et c'était aussi le meilleur moyen d'empêcher les mains et la bouche du garçon d'aller là où elle n'avait pas envie qu'elles aillent. Ahurissant ce que les mecs devenaient passifs, et si vite, dès qu'on prenait ainsi l'initiative. Tout était tellement prévisible. Elle continua même alors qu'elle entendait encore son mobile vibrer dans sa poche.
En bas, ils trouvèrent les toilettes; ils entrèrent et fermèrent la porte et s'embrassèrent encore un moment, après quoi April le suça. C'était la façon la plus rapide d'en finir - ridiculement rapide, en fait - et c'était aussi le meilleur moyen d'empêcher les mains et la bouche du garçon d'aller là où elle n'avait pas envie qu'elles aillent. Ahurissant ce que les mecs devenaient passifs, et si vite, dès qu'on prenait ainsi l'initiative. Tout était tellement prévisible. Elle continua même alors qu'elle entendait encore son mobile vibrer dans sa poche.
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