13 déc. 2020

Anne Serre

Lauréate du prix Goncourt de la nouvelle en 2020, Anne Serre mérite une plus grande reconnaissance. Ses écrits font bouger les lignes. Etonnement garanti. C'est le cas avec ce court récit de 2012 : Petite table, sois mise ! Ce titre fait allusion à un conte de Grimm. Ce texte peut effectivement se lire comme un conte, où il est question d'inceste et de pédophilie sans que jamais ces termes soient employés. Dans l'extrait suivant, la narratrice évoque ses souvenirs d'enfance avec papa, maman et ses deux soeurs Ingrid et Chloé.

 

 

On peut dire que Pierre Peloup fut mon premier amant - après papa - car le docteur Mars, s'il aimait nous toucher, ne s'introduisit en nous que plus tard. Il goûtait notre présence lorsqu'il saillait maman. Il aimait que nous soyons là, Ingrid, Chloé et moi, ou parfois , l'une d'entre nous seulement, dans la salle à manger à la grande table cirée, mais un peu comme de petits anges nus autour d'une Vierge en gloire (maman figurant la Vierge). Nous assistions donc à leurs ébats - souvent rapides car le docteur Mars était toujours pressé entre deux de ses visites à des malades - , assises dans un fauteuil, sous la table lorsqu'il le désirait, l'aidant d'une main s'il avait ce jour-là quelque difficulté - ce qui était rare. Il nous arrivait de lui tendre nos fesses, nos sexes ou de lui présenter nos bouches, mais il y passait ses propres mains, sa propre bouche ou son propre sexe très rapidement.

29 mai 2020

Gore Vidal

Gore Vidal fut une figure engagée et importante de la vie intellectuelle américaine dans la seconde moitié du XXème siècle. Ses livres mériteraient une meilleure reconnaissance en France. En 1983, il publie Duluth, un roman quelque peu expérimental dans lequel il mélange avec virtuosité plusieurs niveaux de fiction. Dans la scène suivante, la policière nymphomane Darlene est tombée dans un guet-apens tendu par trois vilains Mexicains de petite taille et elle subit leur colère vengeresse.


A l'intérieur, c'est allé de Charybde en Scylla pour Darlene. La parti viol a été assez rasoir, mais pas si terrible. Pendant une minute ou deux, elle a eu l'impression d'être piquée par des crayons pointus. Résultat : elle a les nerfs à vif parce qu'elle est toute frustrée, et aussi parce qu'elle a la trouille. Pablo a mis à peu près dix-huit secondes pour éjaculer; les deux autres ne sont guère restés en selle plus longtemps.
Mais ensuite, ces gloutons ont voulu remettre cela. Darlene a alors dû se livrer à la fellation sur les trois, ce qui leur a pris quelques secondes de plus que pour le viol vaginal. Ils ont beau être minuscules, ils n'en sont pas moins virils, songe Darlene. Mais même, elle commence à s'irriter. Ce n'est que lorsque le troisième violeur, Jésus, sort de sa bouche et que la chevelure blonde ravissante de Darlene prend tout le bénéfice de sa virilité (et dire que ce matin même, elle s'est fait coiffer comme la princesse de Galles !) qu'elle se dit : ça commence à bien faire!

22 sept. 2019

Nicolas Mathieu

Nicolas Mathieu a obtenu la récompense du Goncourt en 2018 avec son roman leurs enfants après eux, qui renouvelle le naturalisme social à la Zola. On y suit sur plusieurs années la vie d'un jeune garçon, Anthony, y compris dans ses aspects sexuels. Ici, il retrouve Vanessa qui ne demande que ça.


Alors quand elle retrouvait Anthony, elle voulait qu'on s'occupe d'elle. Elle voulait être prise, tenue et baisée. Elle voulait avoir un peu mal, ça lui changeait les idées. Et même si elle avait un copain gentil à la fac, qui s'appelait Christopher et voulait tenter le concours de Sciences-Po, ça n'avait rien à voir. Anthony, elle l'avait dressé selon ses besoins. Il procédait en conséquence. Il n'en parlait à personne. Elle l'adorait au fond. Il écarta sa culotte et elle sut qu'il allait venir dans sa chatte, la remplir. Elle dégoulinait. Il faisait tellement chaud. Elle ne pensait plus à rien. Elle dit :
- Mets-moi ta queue.
- Attends...
- Baise-moi, allez...
- Attends, je te dis.
Il s'était agenouillé derrière elle et la mordait, son cul, le gras des cuisses. Des frissons lui remontaient partout dans le dos, elle se mit à trembler. Puis sentant le souffle du garçon sur son sexe, elle se cabra.
- Non, pas ça.
- Pourquoi ?
- Arrête. Il fait chaud. Y a pas de salle de bains, ici.
- Et alors ?
- Arrête, c'est tout.
Trop tard. La langue d'Anthony avait trouvé le velours de sa chatte. Il suivait un pli, remontait l'aine, goûtait sa sueur, le jus suret et tellement intérieur. Elle se sentit fléchir et oublie de le dissuader. Il la tenait aux hanches, ferme, écartait ses fesses, lui prenait les cuisses. Tout ce qu'elle aimait. Elle se mit à geindre pour de bon. Anthony empoigna ses cheveux. Elle se cambra, le cherchant avec son bassin. La queue du garçon était là, gonflée, pressée à l'orée de son sexe.

31 juil. 2019

Dennis Lehane

Les romans de Dennis Lehane sont noirs et ont pour cadre Boston. Prières pour la pluie, publié en France en 1999, fait partie de la série des Kenzie et Gennaro, du nom du couple de détectives à la manoeuvre face au mal. Dans la scène suivante, Pat Kenzie, installé à la terrasse d'un café, vient de prendre un verre avec une charmante avocate et il reçoit alors sur son portable un appel du psychopathe qu'il pourchasse.


J'ai de nouveau pivoté pour scruter le trottoir, essayant de repérer avec un téléphone portable.
Il a repris la parole de cette douce voix monocorde que j'avais entendue sur la terrasse quand il avait voulu prendre la chaise.
- Elle a des lèvres incroyables, cette avocate. Vraiment incroyables. Je ne pense pas qu'elles soient siliconées. Et toi ?
- C'est vrai, ai-je répondu en examinant toujours les alentours. Elle a une belle bouche. Mais je t'en prie, approche, la chaise est libre.
- Et quand elle te demande de fourrer ta queue entre ses jolies lèvres, Pat - bon sang, c'est elle qui le demande ! - tu dis non ? Mais enfin , qu'est ce qui cloche chez toi, mon pote ? T'es gay ?
- C'est ça. Viens donc me casser la gueule, pour la peine. Tu te serviras de cette foutue chaise.
J'ai plissé les yeux pour essayer de mieux voir les deux côtés de la rue à travers la pluie.
- En plus, elle a réglé l'addition. (Sa voix résonnait comme un murmure dans une pièce obscure.) Elle a payé, elle voulait te tailler une pipe, elle est belle comme six ou sept millions de dollars - O;K., elle a des faux seins, mais des faux seins fantastiques, et puis personne n'est parfait, hein ? - et toi, tu refuses. Chapeau, mon vieux. T'en as plus que moi !
Un homme coiffé d'une casquette de base-ball et protégé par un parapluie s'avançait vers moi sous le crachin, la démarche souple et pleine d'assurance, un mobile collé à l'oreille.
- A mon avis, c'est le genre à crier. Je me trompe, Pat? Des "Oh, mon Dieu" et des "Plus fort, plus fort" à n'en plus finir.
Je n'ai pas répondu. L'homme à la casquette de base-ball était encore trop loin pour que je puisse distinguer son visage, mais il se rapprochait.
- Tu permets que je sois sincère avec toi, Pat ? Une petite bombe comme elle, c'est tellement rare que si j'étais à ta place - je ne le suis pas, je le sais, mais c'est juste une hypothèse - , je me sentirais obligé de retourner avec elle dans cet appartement sur Exeter, et très franchement, je le baiserais jusqu'au sang.
Une sensation de froid glacial sans rapport avec la pluie m'a parcouru l'échine.

Jean-Philippe Toussaint

Jean-Philippe Toussaint est un écrivain singulier et probablement majeur dans le paysage littéraire de langue française. En 2005, il reçoit le prix Médicis pour son roman Fuir, qui fait partie du cycle de Marie. Marie, anagramme d'aimer, est la compagne du narrateur qui la rejoint ici dans une chambre d'hôtel. Un peu avant ont eu lieu les obsèques du père de Marie.


Elle ne bougea pas lorsque j'ouvris la porte, étendue sur le lit, la chemise ouverte sur son ventre nue. Les volets de la porte-fenêtre étaient mi-clos, qui laissaient pénétrer une douce pénombre dans la pièce. Je rejoignis Maris sur le lit, et je l'embrassai, l'immobilité de sa douleur, le silence, les premières caresses, timides, prudentes, inachevées, et d'un seul coup urgentes, désordonnées, quelque chose de dingue dans ses yeux, un désir de plus en plus intense, sa façon de me caresser le sexe, de le pétrir avec la main, d'ouvrir mon pantalon et de le baisser sans ménagement, avec une certaine sauvagerie, de me branler n'importe comment, avec hargne, ténacité, les lèvres serrées, on eût dit pour me faire mal, puis de se recroqueviller sur moi et de me caresser le sexe avec la langue, non pas avec tendresse comme d'habitude, avec douceur, mais d'une façon désordonnée, brouillonne, comme bravant un dégoût, un interdit, et n'insistant même pas, me laissant assez vite en plan sur le lit, et se recouchant sur le dos pour que je la caresse à mon tour, descendant simplement son pantalon le long de ses cuisses, avec la même impatience brouillonne, avec la même absence de douceur, et je me rendis compte qu'elle ne portait rien en dessous, qu'elle n'avait pas de sous-vêtement, son sexe était nu devant moi, et elle me prit la main et m'entraîna sur elle. Je l'aimais et je savais que je ne pouvais rien pour elle, que c'était impossible de s'aimer maintenant, de prendre du plaisir et de le rechercher, elle savait aussi bien que moi que nous ne pouvions pas nous aimer maintenant, je m'étais allongé sur elle et je l'étreignais, j'embrassais son corps nu dans la pénombre, tendrement, doucement, je passais la main sur ses joues pour l'apaiser, je caressais son ventre et ses seins avec la langue, je ne sais pas si elle avait nagé aujourd'hui, mais sa peau avait un goût d'eau de mer, de légère transpiration et d'odeur de maquis, de chaleur et de sel, la peau de son ventre était douce, la peau de ses cuisses était chaude, lisse, brûlante, elle gémissait, je lui caressais le sexe avec la langue, l'intérieur de son sexe humide et étonnamment frais, qui avait une saveur d'iode, quelque chose de marin, je lui passais doucement la main sur les hanches, j'avais fermé les yeux et je continuais de lui caresser le sexe avec la langue, quand, dans je ne sais quel geste d'impatience ou d'exaspération, de désespoir ou d'accablement - ou dans la soudaine et définitive prise de conscience qu'il était impossible de s'aimer maintenant -, soulevant brutalement le bassin pour se dégager, elle me repoussa au loin d'un mouvement excédé et torsadé du corps en me donnant, de toutes ses forces et pour me rejeter, un coup de chatte dans la gueule.

17 avr. 2019

Emmanuelle Bayamack-Tam

Arcadie, le roman transgenre et utopique d'Emmanuelle Bayamack-Tam publié à la rentrée 2018 a retenu l'attention de la critique. Farah a grandi dans une communauté libertaire, écolo et libertine éclairée par la sagesse d'Arcady. Farah est anatomiquement parlant quelque part entre la fille et le garçon. Dans l'extrait suivant, elle retrouve Arcady quelque temps après avoir quitté la communauté.


C'est la première fois que je baise dans une voiture mais l'idée m'emballe et je m'empresse de défaire la ceinture d'Arcady pour le prendre dans ma bouche. Au moment où sa verge touche mon palais, je me sens traversée d'une joie puissante, un plaisir délicieux qui me dépasse infiniment, une réalité devant laquelle toutes les autres s'évanouissent. Avec la sensation et la saveur familières de son sexe dans ma bouche, c'est tout mon vert paradis qui resurgit, mes plaisirs et mes jours en cet été cruel - ma saison du jouir, à la fois déclenchement merveilleux et commencement du terrible; avec l'odeur et la moiteur de ses cuisses, je retrouve l'ivresse d'être au monde, mon impatience tandis que je l'attendais sur notre couche nuptiale, herbes écrasées, baldaquin malmené par le vent, ma féerie perpétuelle, ma vie habitée par l'amour, ma vie en son pouvoir, que j'ai crue infinie. Dans cet habitacle si peu fait pour l'extase, je suis sur le point de connaître un nouvel épisode de désagrégation mentale qui risque de m'emmener très loin, et ce n'est que par un effort douloureux que je parviens à me concentrer sur les chairs flaccides d'Arcady. Et comment se fait-il, d'ailleurs, que sa verge reste désespérément inerte en dépit des vigoureux mouvements de succions que je lui imprime ? Arcady ne m'a pas habituée ni à l'inertie ni à la passivité. Le voir comme ça, tête renversée sur le siège, yeux clos, sans même un début d'érection, voilà qui dépasse l'entendement, et je m'interromps :
- Ça va ?
- Ça n'ira plus jamais, ma chérie. Mais pourquoi tu demandes ça ?
- Ben, tu bandes pas...
Saisissant sa bite entre l'index et le majeur, il semble un instant en éprouver le volume et la fermeté avant de la laisser retomber avec un geste désabusé sur le métal crénelé de sa fermeture éclair.
- Bah... Ça m'arrive en ce moment, le prends pas contre toi.
Il ne s'agit absolument pas d'en faire une affaire personnelle, bien au contraire... Un monde dans lequel Arcady manquerait de désir ou d'énergie est un monde impensable, voire invivable - car la vie a besoin d'un foyer irradiant auquel s'alimenter. Les âmes fortes sont d'utilité publique parce qu'elles savent communiquer aux âmes faibles un peu de ce feu qui leur manque. A ceux qui m'objecteront que la force d'âme n'a rien à voir avec la puissance sexuelle, je répondrai qu'ils n'en savent rien et que chez Arcady les deux ont toujours été inextricablement chevillées.
- Ça t'arrive avec Victor?
- Oui, avec Victor aussi. Note que ça l'arrange : je le fatiguais, avec mes exigences. Lui-même n'est plus très flambant, depuis quelque temps.
Eh oui, bien sûr. Les faibles s'accommodent très bien de la défaillance des autres, au moins dans un premier temps, parce qu'elle les conforte dans leur existence végétative. Ils ne savent pas à quel point leur simple fonctionnement est tributaire de la beauté exubérante et de la force inépuisable de ceux qui ont choisi de plonger dans le tourbillon de la vie. La débandade d'Arcady est donc une catastrophe mondiale, même si personne n'en mesure les retombées funestes - à part moi, ce qui fait que je passe un quart d'heure à m'escrimer sur la bite d'Arcady avant de jeter l'éponge. Au moins, j'aurai tout essayé : va-et-vient frénétiques, coups de langue, coups de glotte, appels d'air, afflux de salive, accupression, empaumage des testicules, stimulation anale - peine perdue, tout juste un soubresaut, un tressaillement, puis rien.

17 déc. 2018

Juan José Saer


L'écrivain argentin Juan José Saer a publié en 1983 L'ancêtre, traduit en français en 1988. Un jeune espagnol partage la vie d'une tribu d'Indiens qui ont massacré ses compagnons d'expédition. Et il y est témoin de scènes hallucinantes et fantasmatiques d'anthropophagie et d'orgie.


Le crépuscule s'emplit de halètements, de cris étouffés, de soupirs, de râles, de lamentations. Certains s'ébattaient par couples, d'autres en trios, ou à quatre ou cinq, et même en groupes d'une douzaine et plus. Une petite fille de sept ans à peine, à quatre pattes, entrouvrait d'une main décidée sa vulve serrée en provoquant d'un regard vicieux, par-dessus son épaule, un jeune garçon qui attendait, debout derrière elle, un gros bâton lisse et arrondi dans une main, et qui, de l'autre , caressait sa verge pour anticiper son plaisir. Un homme se flagellait avec une branche feuillue. Deux autres, couchés sur le côté, tête-bêche, suçaient chacun, absorbés, le membre de l'autre. Il y en avait qui s'accouplaient, eût-on dit, avec un être invisible car, si c'étaient des hommes, ils fendaient l'air de leur verge en un va-et-vient continu et , si c'étaient des femmes, elles se contorsionnaient à quatre pattes et remuaient leur croupe comme si, véritablement, elles eussent quelqu'un en elles, à tel point qu'on voyait parfois jaillir l'achèvement comme dans un accouplement véritable ou bien qu'on entendait les femmes gémir comme lorsqu'elles atteignent, pénétrées pour de bon, le paroxysme.

18 juin 2018

Ferdinand von Schirach

L'avocat Ferdinad von Schirach est entré tardivement en littérature mais il y a rencontré un succès international. Son roman Tabou publié en 2013 raconte l'histoire du photographe Sebastian von Eschburg et c'est une réflexion sur la vérité, la réalité et la manipulation. Dans l'extrait suivant, Eschburg se retrouve dans un hôtel de Deauville en compagnie de son amie Sofia.


Elle hocha la tête. Puis elle se leva, ouvrit la porte qui donnait sur le couloir. Elle revint se coucher, releva la chemise d'Eschburg, lui ôta son pantalon. Elle embrassa son torse, son ventre, glissa entre ses jambes. Il voulut l'attirer à lui mais elle le repoussa doucement. Il sentit ses seins frôler ses cuisses. D'un geste, elle écarta ses cheveux pour qu'il pût mieux la voir.
Il se demandait si tout cela avait un sens : cette chambre, le tableau qui était accroché au-dessus du divan, le balcon avec son garde-fou en fer forgé. Il fallait bien qu'il y eût une signification, mais il n'aurait pas su dire laquelle.
Il mit longtemps à jouir.
Dès le point du jour, il descendit chercher croissants et café dans la salle de petit-déjeuner. Sofia s'était rendormie. Elle avait la bouche ouverte, on eût dit un petit enfant. Il prit son café sur le balcon. La pluie assombrissait la plage.

20 mai 2018

Sofi Oksanen

Figure phare de la scène littéraire finlandaise, Sofi Oksanen a publié en 2008 Purge, qui obtient en France le prix Femina étranger 2010. Ce roman est l'histoire de deux femmes et à travers elles l'histoire d'un pays, l'Estonie. L'une d'elle est la jeune Zara, séquestrée et contrainte à la prostitution par la mafia russe. Dans un bordel berlinois, Zara est Natacha.


Personne ne demandait d'où elle venait, ou ce qu'elle ferait si elle n'était pas ici.
Parfois quelqu'un demandait ce qu'aimait Natacha, ce qui faisait mouiller Natacha, comment Natacha voulait se faire baiser.
Parfois quelqu'un demandait ce qui la faisait jouir.
Et c'était encore pire, parce qu'elle n'avait pas de réponse à ça.
Si on interrogeait Natacha, elle avait des réponses toutes prêtes.
Si on l'interrogeait elle-même, il fallait un petit moment pour qu'elle ait le temps de se demander ce qu'elle répondrait si on posait une question sur Natacha.
Et ce petit moment révélait au client qu'elle mentait.
Alors commençaient les exigences.
Mais cela arrivait rarement, presque jamais.
En général, elle devait juste dire qu'on ne l'avait jamais aussi bien baisée. C'était important pour le client. Et la plupart le croyaient.
Tout ce sperme, tous ces poils, tous ces poils dans la gorge et pourtant la tomate avait toujours un goût de tomate, le fromage de fromage, la tomate et le fromage ensemble de tomate et de fromage, même si dans la gorge elle avait toujours des poils. Ça voulait sans doute dire qu'elle était encore vivante...

12 mai 2018

Edgar Hilsenrath

Edgar Hilsenrath a obtenu une reconnaissance tardive. La faute à des romans qui traitent de la Shoah sur un mode plutôt cru. Orgasme à Moscou fut publié en 1979 en Allemagne et seulement en 2013 en France. C'est un roman loufoque, parodie d'un roman d'espionnage, qui met en scène notamment la mafia américaine et son boss Nino Pepperoni.


 Nino Pepperoni buvait à petites gorgées sans quitter son avocat des yeux. Sa moumoute est de travers, pensa-t-il. Sur le sommet du crâne, à la naissance de la raie factice, il y a une tâche visqueuse, ni grise ni blanche, comme un glaviot. Nino Pepperoni réfléchit. Qui s'amuserait à cracher sur la moumoute d'Archibald Seymour Slivovitz ? Absurde. Il doit y avoir une autre explication. Je parie qu'il a sauté sa secrétaire et fourré sa tête entre ses cuisses. C'est clair comme de l'eau de roche : moumoute de travers, tache visqueuse, tout se tient.-
L'Alka-Seltzer commençait à produire son effet. Nino Pepperoni lâcha un rôt tonitruant, Archibald Seymour Slivovitz releva la tête en sursaut.
- Paraît qu'il y a des porcs pervers qui fourrent leur tête entre les cuisses de leurs secrétaires à la recherche de je ne sais quoi, dit Nino Pepperoni.
- Quelque pièce égarée d'un dossier égaré peut-être, dit Mr. Slivovitz.
- Ça m'étonnerait, dit Nino Pepperoni.
Mr. Slivovitz réfléchit.
- Peut-être se cherchent-ils eux-mêmes, finit-il par dire.
- Qu'entendez-vous par là ?
- L'origine du monde ! J'ai lu ça un jour quelque part : l'homme se cherche en la femme.
- Tiens. Je l'ignorais. Je ne lis jamais de livres. Mais pourquoi diable entre ses cuisses ?
- Parce que là se trouve un miroir, dit Mr. Slivovitz. Un miroir invisible.
Nino Pepperoni hocha la tête.
- Les propriétaires de ces miroirs invisibles règnent sur ce monde depuis la nuit des temps, dit Mr. Slivovitz. Pas officiellement, bien sûr...par des voies détournées, mystérieuses.
- Je n'en crois pas un mot, dit Nino Pepperoni.
- Puisque je vous le dis, dit Mr. Slivovitz.
- Ma femme le sait, vous pensez ? demanda Nino Pepperoni.
- Allez savoir, dit Mr. Slivovitz.

7 mai 2018

Charles Bukowski

Le répugnant Charles Bukowski mérite bien une seconde présence en ces lieux, huit ans après une première entrée. Extrait de la nouvelle Le jour où nous avons parlé de James Thurber, publiée dans le recueil des Contes de la folie ordinaire (1967 - 1972). Le brave Charles se fait passer pour André, poète français dont la réputation de French Lover attire les foules.


J'ai enfilé l'un des kimonos d'André et j'ai ouvert.
C'était un jeune type avec une fille. Une de celles qui se trimbalent en mini et talons aiguilles, avec des bas nylon qui prennent bien le cul; L'autre était un gamin efflanqué, genre minet de grand couturier dans son tee-shirt blanc. Il ouvrait la bouche et écartait les bras comme s'il se préparait à décoller.
La fille a demandé :
- André ?
- Non, Charles Bukowski. On m'appelle Hank.
- André, c'est une blague !
- Ouais. Toute ma vie est une blague.
Dehors tombait une petite pluie. Ils attendaient.
- Allez, entrez, vous allez vous tremper.
- Je te reconnais, André ! dit la mignonne. C'est bien tes rides. Dis-donc, tu as au moins deux cents ans !
- Ça va, ça va. Oui c'est moi André. Venez.
Ils apportaient deux bouteilles de vin. Je suis allé chercher le tire-bouchon et les verres à la cuisine, et j'ai servi la tournée. J'étais debout le verre à la main, lorgnant un maximum la paire de jambes, quand le gamin s'est précipité, a ouvert ma braguette et s'est mis à me sucer la queue, dans un grand bruit de gosier. Je lui ai caressé les cheveux et j'ai demandé son nom à la fille.
- Wendy. Tu sais, André, pour moi tu as toujours été un écrivain formidable. A mon avis, l'un des plus grands poètes vivants.
Le gosse continuait sa besogne, il suçait, pompait, sa tête allait et venait comme un drôle d'automate.
- L'un des plus grands poètes... Tiens tiens : et qui sont les autres ?
- Il n'y en a qu'un, dit Wendy. Ezra Pound.
- Ezra m'a toujours rasé.
- C'est vrai ?
- tout ce qu'il y a de plus vrai Ce mec n'est qu'un polar. Super sérieux, super chiadé. En fait, un honnête tâcheron.
- Et pourquoi signes-tu simplement 'André' ?
- Parce que ça me plaît.
Le type y allait vraiment de bon coeur. Je lui ai pris la tête pour le serrer contre moi, et j'ai tout lâché.
J'ai refermé ma braguette et j'ai resservi une tournée.
Je n'ai aucune idée du temps qu'on a passé ensuite, à boire et à faire salon. Wendy avait des jambes superbes et des chevilles très fines qui gigotaient comme si elle avait le eu au derrière. Ces deux-là connaissaient la littérature sur le bout des doigts. On a parlé du Winsburg de Sherwood Anderson, de Dos Passos, Camus, et des familles célèbres, les Brontë, les Dickey, les Crane. De Balzac aussi, et même de James Thurber.



18 mars 2018

Tom Sharpe

Tom Sharpe est le créateur du anti-héros Henry Wilt que l'on retrouve dans cinq romans, à l'humour irrésistible et déjanté, so british. Dès les premières pages du premier livre de la série, Wilt, publié en 1976, le décor est planté, avec en particulier la plantureuse épouse Eva.


Puis il ouvrit la porte et pénétra chez lui.
Il y avait dans l'entrée une odeur bizarre. Une espèce de parfum. A la fois musqué et sucré. Il posa sa sacoche et jeta un regard au salon. Eva était évidemment sortie. Il entra dans la cuisine, mit la bouilloire sur le feu et se tâta le nez. Il se promit de l'examiner en détail dans la glace de la salle de bains. Il était à peu près au milieu de l'escalier et se disait qu'il y avait quelque chose de vraiment méphitique dans ce parfum quand il fut arrêté net dans sa progression. Eva Wilt se tenait sur le seuil de la chambre, vêtue d'un ensemble-pyjama outrageusement jaune avec un pantalon particulièrement acide. Elle avait l'air vraiment moche, et pour couronner le tout fumait une longue cigarette mince dans un long fume-cigarette. Sa bouche était d'un rouge resplendissant.
- Petite queue, murmura-t-elle d'une voix rauque tout en balançant les hanches. Viens un peu par ici. Je vais te sucer les seins et tu me feras jouir avec ta bouche.

1 janv. 2018

Dany Laferrière

Dany Laferrière, membre de l'Académie Française et lauréat du prix Médicis en 2009, a publié son premier roman en 1985 Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer.
Avec une écriture sèche et  minimaliste, l'auteur raconte la vie de deux jeunes noirs de Montréal partagée entre jazz, sexe, et discussions philosophiques.


Sans avertissement, j’éjacule – d’un jet puissant, éclaboussant tout le visage de Miz Littérature. Elle rejette, brusquement, la tête en arrière et j’ai le temps de voir une curieuse lumière au fond de ses yeux. Et elle replonge, bouche ouverte, vers mon pénis comme un piranha. Elle suce. Je grandis. Elle me chevauche. Ce n’est plus une de ces baises innocentes, naïves, végétariennes, dont elle a l’habitude. C’est une baise carnivore. Miz Littérature a commencé par pousser deux ou trois cris stridents. Le vase de pivoines, au-dessus de ma tête, menace à tout moment de nous fendre le crâne. Je fais l’amour au bord du gouffre. Miz Littérature s’est accroupie dans une sale position et elle monte et descend lentement le long de mon zob. Un mât suiffé. Son visage est complètement rejeté en arrière. Ses seins quasiment pointés vers le ciel et un sourire douloureux au coin de sa bouche. Je caresse ses hanches, son torse en sueur et la pointe exacerbée de ses seins. Elle se met tout à coup à me lancer de rapides et violentes saccades et un son rauque lui monte à la bouche.
- Baise-moi !

1 déc. 2017

Eric Vuillard

Avant d'obtenir cette année le prix Goncourt, Eric Vuillard a publié quelques romans puissants dont l'épique Conquistadors en 2009. Ce roman retrace l'histoire de la conquête du Pérou par les Espagnols emmenés par Francisco Pizarre et ses frères.



On passa à Guamachuco, à Tarma, à Bombon. On croisa des Indiens vêtus de mille manières, coiffés de toutes sortes de plumes et de chapeaux, des races différentes, des langues pareilles au miaulement d'un chat. Pedro Pizarre raconte que les gens de Huailas étaient considérés par les autres comme repoussants parce qu'ils léchaient le sexe de leurs femmes.

26 août 2017

Yannick Haenel

Yannick Haenel, lauréat de quelques prix littéraires lors de la décennie précédente, poursuit dans son dernier roman Tiens ferme ta couronne, l'exploration de ses thèmes obsessionnels. Dans ce livre, un écrivain un peu raté raconte sa plongée dans la déchéance avant le rebond résurectionnel. Dans le passage suivant, le voilà passant une soirée avec Anouk, la copine de son voisin Tot, qui a eu la mauvaise idée de s'absenter.


Elle revint avec une serviette nouée autour d'elle, les cheveux mouillés, parfumée de citron et de fleur d'oranger; elle s'allongea à mon côté en souriant; de petites gouttes ruisselaient sur ses épaules; le vernis de ses orteils était orange.
Avais-je entendu Tot rentrer ? Non, aucun bruit, personne.
En avançant vers moi son visage pour m'embrasser, elle dénoua sa serviette. Ses seins étaient minuscules, son corps doux et chétif comme celui de mon hirondelle : il me semblait en approchant ma bouche de son sexe, que j'aurais pu briser ses petits os d'un seul coup de dent.
Il y avait plusieurs mois que je n'avais pas fait l'amour, et l'alcool n'aide pas tellement : en général, on est lourd, engourdi, il est difficile de bander, mais Anouk me branla avec gentillesse. Sa main était chaude, presque fondante, et ses longs doigts aux ongles vernis pressaient ma queue avec une vigueur humide. "Pas de pénétration" dit-elle. De petites lumières clignotaient dans la chambre et nous nous embrassions avec une telle ardeur qu'un peu de salive s'écoulait sur nos corps et mouillait les seins d'Anouk que je pétrissais comme un enragé. Je lui suçai la chatte, longtemps : c'était une joie de fouiller ses lèvres, de lécher toute cette pulpe juteuse et d'ouvrir avec le bout de ma langue les adorables plis de sa vulve. J'avais la bouche en feu, pleine de bave, je ne me contrôlais plus. Elle s'accrochait à mes cheveux en gémissant, et en s'appuyant sur ma tête pour que ma langue aille plus loin dans sa chatte, elle se mit à tressaillir, ses épaules se secouèrent, et elle poussa un cri : sa joie déchira la nuit. Je pensais à Tot, derrière le mur, qui avait forcément entendu.

17 juin 2017

Régis Jauffret - bis

A une époque lointaine dont les lecteurs se souviennent à peine, Regis Jauffret fit son entrée dans cette anthologie. Comme la qualité d'écriture mérite d'être généreusement honorée, il a droit à une deuxième entrée magna cum laude. Cette fois, pour un passage extrait  d'Asiles de fous, prix Femina en 2005: une mère s'adresse à la fille qu'elle n'a jamais eue.


En attendant, agenouille-toi devant celle qui aurait pu devenir ta maman, ton modèle, et espère lui ressembler, l'équivaloir, lui servir de miroir, suce mon fermoir, lèche mon portail, imite ton père, cette mauvaise gouine, avec sa langue rêche, son clitoris vaniteux, qui vexait mes chairs à chaque fois qu'il outrepassait les bornes, entrant tambour battant dans ma ville, campant sur mon île, croisière sur le Nil, ta mère Pyramide pleine de nouveau-nés, ta mère pharaon certes, mais surtout scribe, et tu peux toujours discuter tes créances, elles sont inscrites sur mes tablettes, espèce de fillette née pour enfunébrer avec la complicité de l'amour, et si les bébés restent en toi comme des crottes, si tu refuses de les provoquer, de les expulser, si tu te refuses à la maternité, je te conchie d'avance, démente célibataire, langouste sans ambition, tu traîneras toute ta vie des minots imaginaires, des salopiots d'autant plus impossibles à élever, à remettre à leur place, en un mot à aimer, qu'ils n'existeront que dans ta tête de fille qui n'en fait qu'à sa tête, qui désobéit à sa mère, qui refuse de peupler son ventre, de vaginer des mômes pour perpétuer la tradition.

6 avr. 2017

Donald Ray Pollock

Après plus de trente ans de travail comme ouvrier et chauffeur de poids-lourd, Donald Ray Pollock entre en littérature. En 2008, il publie son premier livre, un recueil de nouvelles : Knockemstiff. C'est le nom du trou paumé de l'Ohio, où Pollock a passé son enfance. Ce livre est la version littéraire d'Affreux, Sales et Méchants.


Quand Leo en a eu terminé avec Randy, il a fait signe à Del de l'aider à se relever. Le vieux haletait. Del a entendu ses genoux craquer quand il s'est relevé. On aurait dit un éboulement de terrain dans un vieux western. Une goutte blanche du foutre de Randy reposait sur sa lèvre inférieure comme une limace saupoudrée de sel. Le peignoir de Leo s'est défait, révélant des marques violettes distendues qui lui barraient le ventre. Ensuite il a pété et est allé chercher en claudiquant sa bouteille de Listerine. Il a levé le coude comme un poivrot ferait avec une bonbonne. Randy regardait tout ça comme un glandeur dans une station-service, qui attendrait, silencieux et pétrifié, qu'une autre voiture s'amène.
Leo a secoué quelques pièces d'un pot à conserves et en a parsemé la paume de Randy comme s'il était en train de verser de la poudre d'or dans un petit sac. "C'est tout ? a finalement fait Randy, les yeux fixés sur les pièces de cinq, dix et vingt-cinq.
- Ça fait pas mal d'argent, a dit Leo.
- Je t'ai laissé sucer la bite ! a hurlé Randy
- Mettez la en veilleuse, vous deux, a ordonné Leo. C'est tout ce que je paierai pour quelque chose comme ça. Vous avez encore beaucoup à apprendre, vous. J'aurais mieux pris mon pied dans un paquet de bacon." Il a sorti un pain à la cannelle de sa poche de peignoir et s'est mis à le grignoter. "Maintenant, emmène ta mocheté de copain et fichez-moi le camp. Les gars comme vous c'est rien que des ennuis."
Randy a regardé Del et lui a fait signe. " Je veux plus que ça, il a fait, et là Del a balancé la lampe sur le crâne du gros type.