24 juil. 2011

Elli Medeiros

En cette période estivale, un peu de légèreté musicale ne peut nuire. En 1986, la très belle Elli Medeiros connaît le succès avec la chanson Toi mon toit dont la moitié des paroles est présentée ci-dessous. Ceci est l'occasion de rendre hommage à ce duo culte que fut Elli & Jacno, et à son ancien compagnon, le très parisien Denis Quilliard dit Jacno, inhumé dans le village de Villars en Azois quelque part dans le département de la Marne.


Prends un petit poisson
Glisse-le entre mes jambes
Il n'y a pas de raison
Pour se tirer la langue

Ne me regarde pas
Comme ça tout de travers
Qui fait le premier pas
Pour s'aimer à l'envers

Toi, toi mon toit
Toi, toi mon tout mon roi
Toi, toi mon toit
Toi, toi mon tout mon roi

(arrête, arrête, ah, arrête...)

8 juil. 2011

Richard Grossman

Traduit cette année en France dans l'excellente collection Lot 49, L'Homme-Alphabet est un roman hors normes de Richard Grossman publié en 1993. Sous une trame apparente de thriller, ce livre est une expérimentation d'écriture parfois ardue pour le lecteur. Le héros tatoué, Clyde, est un parricide, poète, souffrant de quelques troubles de personnalité. Dans l'extrait suivant, s'exprime le clown venu hanter son cerveau.

(dédicace pour Cat)

Commence à faire trop chaud ici, où tu vas ? Attends-moi Clyde attends-moi, t'as pas besoin de te carapater à l'autre bout du living-room fais pas ça, mec, il est vierge, j'ai dit touche pas sa trique mec, c'est une propriété vierge, touche pas sa braguette fais pas comme t'a fait une fois descends pas sa braguette découpe pas tranche pas la descends pas l'arrache pas la fais pas sauter et la mords pas pour la rejeter passk'il est à califourchon sur le grand V si tu vois c'que je veux dire et chez les garçons les V portent des pieux qu'on appelle des zizis franchement c'est pas mon intention de te la faire labiale et de te ruiner l'appétit, mais t'as assez mangé de steak oblong pour toute ta vie (y les faisait reluire puis il les souillait hihihi ce mignon d'la fellation il a un goût du tonnneeeeerrre) et je dois reconnaître que les clowns sont professionnellement incapables de sensibilité, mais enfin qu'est ce qui a bien pu te mettre dans la tête que j'allais arrêter de tuer?

5 avr. 2011

Don DeLillo

Don DeLillo, lauréat du National Book Award en 1985, publie l'excellentissime Cosmopolis en 2003, récit d'une journée de la vie du golden boy Eric Packer à New-York. Tout autre commentaire est superflu : lisez-le.


 Elle s'approcha du lit et lui prit des mains le verre de vodka. Il ne pouvait plus s'arrêter de se balancer des cacahuètes dans la bouche.
" Tu devrais manger plus sain."
Il dit : " C'est un jour spécial, aujourd'hui. De combien de volts disposes-tu?
- Cent mille. Ça te brouille le système nerveux. Ça te fait tomber à genoux. Comme ça", dit-elle.
Elle lui versa quelques gouttes de vodka sur le sexe. Ça piquait, ça brûlait. Elle riait en le faisant, et il voulut qu'elle recommence. Elle en versa encore un peu et se pencha pour le lécher, pour le nettoyer à la vodka avec sa langue, puis elle se plaça à califourchon sur lui. Elle avait un verre dans chaque main et s'efforçait de garder son équilibre tandis qu'ils tressautaient en riant.
Il lui finit son scotch et mangea les cacahuètes à pleines poignées pendant qu'elle se douchait. Il la regardait sous la douche et songea que c'était une femme à entraves et à ceintures. Jamais elle ne serait nue, en un sens.

19 mars 2011

Philippe Forest

L'oeuvre romanesque de Philippe Forest, entre fiction et autobiographie, est hantée par le souvenir de sa fille très tôt disparue. Le nouvel amour, publié en 2007 est le récit d'une tentative de recommencement après le deuil tragique.


C'est seulement après un bon moment que j'ai réalisé que je n'étais pas devenu aussi dur que j'aurais dû l'être. Lou semblait d'ailleurs assez peu s'en soucier. Elle se laissait faire avec des petits mots de plaisir. J'avais fait glisser ma tête entre ses cuisses et il avait suffi que je prenne entre mes lèvres le sommet de son sexe, que je le fasse rouler avec le bout de ma langue un tout petit moment, pour qu'elle se mette à gémir. Je crois qu'elle était dans un tel état magnifique de contentement qu'elle aurait pu jouir sans même que je fasse un geste vers elle. C'est d'ailleurs plus ou moins ce qui s'est passé. L'éblouissement amoureux agissait comme un formidable stupéfiant sur tout son corps. Et j'étais le pur témoin de ce phénomène auquel je participais à peine et auprès duquel plus rien d'autre ne comptait.

13 mars 2011

Jean-Philippe Toussaint

Jean-Philippe Toussaint publie en 2002 le roman Faire l'amour, récit minimaliste du voyage au Japon d'un homme, le narrateur, en compagnie de Marie. L'homme sait qu'ils vont se séparer et il est parti avec une fiole d'acide chlorhydrique. On retrouvera les mêmes personnages dans un roman récompensé du Prix Médicis en 2005.


C'était une envie immémoriale et instinctive, que je voyais croître et se nourrir en moi par le simple enchaînement des gestes de l'amour que nous accumulions. Marie avait soulevé le bassin pour m'aider à enlever son pantalon, et j'avais longuement embrassé son ventre nu autour de son nombril, juste au-dessus de la couture invisible du slip, qui marquait une frontière de tissu entre sa peau très blanche et le léger lycra noir et transparent du sous-vêtement. Puis, elle avait tendu la main pour m'aider à descendre le slip sur le côté, s'était encore soulevée pour l'enlever tout à fait, et alors elle avait progressivement cessé de bouger et de s'agiter, son impatience s'était tue. Elle demeurait allongée en arrière sur le lit, la nuque baignant dans un coussin, les lunettes en soie lilas de la Japan Airlines sur les yeux, avec une sorte d'apaisement des traits du visage depuis que ma langue s'était enfoncée dans son sexe, et elle gémissait très doucement, apaisée, accompagnant simplement les mouvements de ma langue en soulevant en rythme le bassin imperceptiblement.

5 mars 2011

Martin Amis

Martin Amis, que l'on désigne communément comme l'enfant terrible de la littérature anglaise (qu'il me pardonne cet étiquetage simpliste), publie en 1998 un recueil de nouvelles Eau lourde et autres nouvelles.
Voici un extrait tiré de Combien de fois.


 C'était toujours, sans exception, Vernon l'initiateur des actes sexuels conjugaux. Sa femme répondait toujours avec le même empressement timide. Les préliminaires oraux ne leur étaient absolument pas inconnus. En moyenne - et encore une fois, cela tombait toujours sur la même moyenne, et à nouveau Vernon se trouvait être un Monsieur Loyal que ces comptes ne faisaient aucunement sourire -, la fellation était pratiquée par la femme de Vernon tous les trois accouplements, soit 60,8333 fois par an, ou 1,1698717 fois par semaine. Vernon pratiquait le cunnilingus encore plus rarement : tous les quatre accouplements en moyenne, soit 45,624 fois par an, ou 0,8774038 fois par semaine. Ce serait une erreur de penser que c'était là toute l'étendue de leurs variations. Vernon sodomisait sa femme deux fois par an, par exemple... le jour de son anniversaire, ce qui semblait tout à fait approprié, mais aussi, ironiquement (ou du moins le pensait-il), le jour de son anniversaire à elle.

16 févr. 2011

Philippe Djian

Philippe Djian est un écrivain populaire, édité par une maison prestigieuse dans laquelle il  a d'abord travaillé comme manutentionnaire, auteur d'un roman adapté au cinéma dans un film devenu culte, mais jamais récompensé par un seul prix littéraire.
Voici un long extrait tiré de Vers les blancs, publié en 2000. Le narrateur, l'écrivain Francis, rend visite à son ami Patrick, tombe sur Nicole, l'épouse de Patrick, de retour chez elle. La suite se déroule pendant que le cocu est occupé à l'étage.


Après coup, je peux rétablir la suite des évènements, reconstituer l'ordre chronologique qui demeura confus dans mon esprit jusqu'au lendemain matin.
Je manque de certains éléments pour commencer. Ainsi, je ne pourrais dire lequel de nous deux esquissa un geste en direction de l'autre. Je vous prie donc de m'excuser pour cette zone d'ombre et vous propose de me retrouver d'emblée aux pieds de Nicole, mes bras enserrant ses jambes et mon visage écrasé contre sa jupe.

Séquence n° 1
Il me semble que je ne dis rien, non, pas à ma connaissance, que je me contente de l'étreindre sans penser à autre chose. Il fait tout noir. Comme si l'on m'avait lancé une couverture sur la tête. Je reste ainsi, disons une minute, à la frontière de la réalité et du rêve.


Séquence n° 2
Situation identique à la précédente. A ce détail près que mon visage est en contact avec sa peau nue. J'en  déduis qu'elle a retroussé sa jupe. Elle porte un slip réalisé dans un voile microfibre, des bas et un porte-jarretelles. La tiédeur de son entrejambes m'envahit. A ce moment, je ne pense pas encore à Patrick, qui tourne en rond au dessus de nos têtes.


Séquence n° 3
La logique veut que je place ici la scène suivante, mais je n'en mettrais pas ma main à couper. Nicole se tient au portemanteau fixé au mur. Elle a posé un pied sur le guéridon où trône une composition de fleurs séchées. De mon côté, j'ai écarté son slip et je la lèche. Quelque chose me dit qu'elle a uriné il y a peu. Le sang cogne à mes tempes. Ma main libre fouille dans son soutien-gorge avec impatience. Nicole tremble.

Séquence n° 4
Nous sommes derrière le bar. Du coin de l'oeil, je surveille l'ouverture pratiquée dans le plafond, menant au bureau de Patrick. Cette fois, c'est Nicole qui me suce la queue. le temps est suspendu. Mes jambes flageolent. Elle est accroupie, genoux écartés, mes couilles dans le creux de la main. Je me suis débarassé d'un mocassin et d'une chaussette et je la branle avec le pied. Nous grimaçons de plaisir et d'effroi. Ma queue luit tel un un sucre d'orge. Je tiens à la main une poignée de Kleenex que j'ai sortie de je ne sais où.

Séquence n°5
Nous voici à présent dans le coin opposé du salon. Je n'écarte pas la possibilité de l'avoir baisée avant qu'elle ne me suce. Il y a donc à nouveau un doute quant à l'ordre des séquences. Mais bon. Nicole est accoudée au dossier du canapé. J'ai baissé son slip et je l'enfile. Elle mord un coussin de cuir en peau de buffle. Les deux mains soudées à ses hanches, je pratique un coït au rythme lent, quasi hypnotique. J'entends Patrick qui s'esclaffe au téléphone : "Hi Hi ! Ho Ho !..." Quand je suis au fond de son vagin, Nicole secoue les fesses. J'essaye d'attraper son clitoris. Je n'ose pas défaire son chignon.

Séquence n°6
Debout contre le mur, côté rue. Ses jambes sont nouées autour de ma taille. Impossible de savoir si je l'ai enculée à cette occasion ou un peu plus tôt, avant que nous ne quittions le canapé. Ou plus tard, dans la séquence numéro sept. Bref, nous titubons dans les rideaux. J'ai empoigné ses fesses. Une de ses jarretelles a sauté et son bas a glissé au-dessous du genou. Nous avons très peur. Elle me donne son sein à téter. Puis l'autre. Nous baignons dans une lumière dorée. J'ai beau appeler l'obscurité du soir, elle ne vient pas.

Séquence n°7
Une chose est sûre : j'éjacule dans la cuisine. J'entends : alors que nous sommes dans la cuisine. Mais par quel hasard? Que fabriquons nous là? Mystère ! Je me suis posé la question. En fait, il n'est pas impossible qu'il en manque un bout. Un temps, j'ai caressé l'idée d'avoir eu deux éjaculations mais je ne le crois pas. Mon raisonnement était le suivant : je la suce, elle me suce et nous allons conclure dans la cuisine. Ensuite, et ensuite seulement, nous entamons notre numéro dans le salon. Souvenez-vous : je n'ai jamais trompé Edith. Nous pouvons donc très bien imaginer qu'agissant ainsi pour la première fois de ma vie, je fusse transporté par une vigueur exceptionnelle. Moyennant quoi nous ajoutons une huitième séquence dans le salon et tout s'éclaire. Mais encore une fois je n'y crois pas. Je peux me tromper mais je n'y crois pas.
Quoi qu'il en soit, c'est la cuisine que je marque d'une pierre blanche. Le croirez-vous? Une larme a roulé sur ma joue tandis que je déchargeais. Une larme. Une vraie larme.
Mais n'anticipons pas. La cuisine. Nous y sommes. Le mobilier ne s'y prête guère. Avons donc atterri sur le carrelage, le souffle court, bousculés par l'urgence. Follement inconscient, j'ai sorti une jambe de mon pantalon pour me sentir libre de mes mouvements. Nicole m'a imité avec son slip. Deux dingues. Optons pour la position du missionnaire. Je l'empale. Elle s'accroche à mon cou, les yeux écarquillés. Bien reçu. Nous nous mangeons la bouche. Je lui mets un doigt dans le cul. Elle en met un dans le mien. Au-dessus de nous, le parquet grince. Nous nous mordons les lèvres, chacun de notre côté. J'ai sorti sa poitrine de son soutien-gorge. Ses bouts sont fermes comme du caoutchouc. J'attrape ses chevilles et lui écarte les jambes en Y. Sa vulve semble jaillir de ses gonds. Je crache dessus, l'astique avec ma paume. Elle plante ses ongles dans mes fesses. Ça me plaît. Je la retourne. Elle plonge une main entre ses cuisses et tripote nos sexes à l'aveuglette. Le mien. Le sien. Les deux à la fois. Malgré tout, c'est une course contre la montre. Elle veut me voir, elle se remet sur le dos. Se renfile ma queue séance tenante. Je suis dans son cul, non? Je me le demande. D'une seconde à l'autre, Patrick va enfoncer un couteau de cuisine entre mes omoplates. Redoublant d'audace, nous pratiquons un soixante-neuf vite fait. Bâclé. Mais quand même sympathique. Puis nous forniquons de nouveau. Pour plus de sureté, je m'assure que son trou du cul est libre car je ne veux pas d'une sodomie pour mon premier écart sexuel, mais tout est okay. Bientôt, des nappes de lave clapotent alentour. Clap ! Cloc ! J'observe Nicole s'introduisant un sein dans la bouche. Son vagin me va comme un chausson. Pour finir, elle fait de l'hyperventilation. Je plaque une main contre ses lèvres, priant pour que Patrick n'ait pas l'oreille trop fine. Quand ça vient, elle me presse les bourses avec douceur. Si bien que chacune de mes giclées menace de lui ressortir par les narines.