15 oct. 2009
Ian McEwan
12 oct. 2009
Gabriel Garcia Marquez

Le soir de son anniversaire, j’ai chanté à Delgadina la chanson tout entière et j’ai couvert son corps de baisers jusqu’à ne plus avoir de souffle : chaque vertèbre, une à une, jusqu’aux fesses langoureuses, la hanche avec le grain de beauté, le côté de son cœur inépuisable. Plus je l’embrassais plus son corps devenait chaud et exhalait une fragrance sauvage. Chaque millimètre de sa peau me répondait par de nouvelles vibrations et m’offrait une chaleur singulière, une saveur distincte, un soupir inconnu, tandis que de tout son être montait un arpège et que ses tétons s’ouvraient comme des fleurs sans même que je les touche. Au petit matin, alors que je glissais dans le sommeil, j’ai entendu comme une rumeur de foule venant de la mer et un affolement dans les arbres qui m’ont transpercé le cœur : Delgadina ma bien-aimée, les brises de Noël sont arrivées.
11 oct. 2009
Dennis Cooper

Quelques danses plus tard, Tom suivait son partenaire au parking vers une Cadillac blanche garée à l’écart, derrière la bâtiment, près des poubelles. Dans le noir, il n’en était pas sûr, mais il lui sembla que les vitres étaient fumées.
L’homme déverrouilla les portières, ouvrit et lui fit signe de monter. Passant devant son compagnon poli, au bras tendu comme un chauffeur, Tom se glissa sur la banquette arrière en velours, jusqu’au fond. Son pied heurta une bouteille posée par terre. L’homme grimpa à ses côtés, et s’assura que les portières étaient bien fermées de chaque côté. Puis il farfouilla aux pieds du jeune garçon et attrapa la bouteille.
« Un peu de vodka ? » Il l’inclina en direction de Tom.
Ils se la partagèrent tandis que l’homme observait Tom, et que ce dernier essayait d’avoir l’air naturel. Une fois la bouteille vide, il n’y eut plus rien entre eux.
L’homme lécha l’oreille de Tom. « Si on enlevait ton pantalon ? » murmura-t-il.
Tom souleva ses hanches. L’homme fit glisser son jean. Il lui arracha ses baskets, puis Tom se pencha et enleva lui-même ses chaussettes.
Il sentit la bouche de l’homme sur sa bite encore un peu molle. «Ça devrait l’aider à durcir », pensa-t-il. Mais l’homme eut beau tout faire, si ce n’est la lui arracher à coups de dents, elle ne se raidit pas.
L’homme se reposa quelques secondes en embrassant cette queue de plus en plus ramollie, caressant machinalement les jambes de Tom. Il hésitait à faire jouir le garçon d’une autre manière, ou à se contenter de simplement suivre son plan. Ce gosse était un ange. Il avait de longues jambes hirsutes, mais partout ailleurs, c’était de la porcelaine. Son corps était svelte, et en plongeant dans ses yeux, tournés ailleurs, pleins de pensées impénétrables, il eut la confirmation de la beauté de son visage.
« Très bien. Pourquoi ne te mettrais-tu pas quatre pattes, face à la vitre ? Je veux dire, tu connais la position ? »
8 oct. 2009
Mehdi Belhaj Kacem

- Ouih !
il
arrache les délicats vêtements passe aux chaussures de même les siens elle aime enfin à fond il exhibe son bas-ventre ithyphallique sous le nez partenaire l’indéchiffrable peur revient à la charge lui ébloui de glace hérissée dans des sons d’acides ressacs battant l’esprit saturant ses tympans du dedans il s’agenouille face à la toison sacrée du publis Sublime Hosanna fusent de tous cotés l’horreur hurlant engueulant ses tympans il lèche en inconscience et inanition tout démoli de raids sonores et lames lumineuses rouges comme sa rate portée à ébullition mangée par la plante des pieds à repasser vif la vulve humide pantèle de délice
- Ouih ! Ouih !
décidant de ne pas insinuer sa langue de go il se contente des rebords du mythique petit organe érectile
infecte d’insipidité et ma langue circule luné lui fait court-circuiter le fluide nerval tête se dévissera bien de jouissance à genèse linguale secousse 9 échelle Richter ramassis de charcuterie blancheur ferme je cherche et trouve miser sur lui elle en trop qu’elle n’en puisse plus de volupté meurs où est-il enfin le voici t’es fait attendre vieux en personne le clitoris surgit irrigué de sang frétillant accompagné de feulements rauques
lape
lape Tout moi au milieu régal que ceci
il flatte de sa langue le petit bouchon rouge sirop luxurieux vraie sanie empoisonnée touche signal d’alarme générale enfoncer en cas d’incendie l’eau extinctrice vous soit lâchée en pleine gueule ardente constatez que le dispositif de sécurité ô combien au point nul danger sérieux sitôt l’incendie se déclare aussitôt éteint de suc submersion buccale comme immersion des vues par lumière brune tannée rongement son et lumière tout à nu
et je remercie le Tout
de ce suc eucharistique inodore et si nauséeux pourtant submerge ma gorge en lutte à la bile montante
tout aussi intense que le doute au réveil
mal aux veines
elle écarte complètement jambes frappées d’éclampsie préorgasmique sous l’afflux incessant d’urée de plaisir huitième ciel un peu plus enfoncé dans le vestibule
je l’aime d’Amour de tout mon être délicieuse pisseuse de jus U.H.T. lèche et pourlèche jusqu’au tréfonds
- Ouih ! Ouih ! Ouih !
le salut par l’Amour oh dieu dieu l’aime pouff permanente au harem de l’inexisté Tout Amour partout et en ombre en chair se contorsionnant secousses dictées par l’habileté de ma langue mais à la lécher si sérieux et appliqué j’en omets ma bitoune elle aussi a ses besoins en priorité
il se relève elle se pâme face
à la vision de sa pine paraissant plus vultueuse encore que tout à l’heure ravissement médusé impatience inflammables fumets émis en guise d’invitations en plus des susurrations
- Vienh !
6 oct. 2009
William Gass

Un très modeste extrait :
Salut, monsieur mon mari,
Crois bien que je déplore les désagréments et le désarroi qu’a pu te causer ma répugnance buccale, mais j’ai été empoisonné un jour par une gerbe de sperme venue d’une imagination malade et j’ai dû utiliser pendant quinze jours un dentifrice spécial. Ça m’étrangle rien que d’y penser, même si ça remonte à plusieurs hivers, quand j’étais encore toute jeune et printanière.
Je suis sûre qu’un petit fumier comme toi comprendra.
4 oct. 2009
François Weyergans

François avait esquissé une page de notes sur cette nuit-là : « Liisa en robe longue, velours et mousseline de soie. François Weyerstein en smoking. Errance toute la nuit dans Venise. Rues désertes. Ils s’arrêtent tous les dix mètres pour s’embrasser. C’est la cinquième fois qu’il vient à Venise, une ville que Liisa, arrivée l’avant-veille, découvre avec lui. Les hôtels qu’il connaît, le Bonvecchiati, le San Fantin, l’Ala, ceux de la Riva degli Schiavoni, même le Danieli trop cher pour eux, portes fermées. Ils sonnent, on leur dit que c’est complet. Ils marchent beaucoup. Liisa finit par enlever ses escarpins à talon aiguille. Sur la Piazzetta, les chaises des cafés n’ont pas été rentrées. Liisa s’assied sur les genoux de Weyerstein qu’elle embrasse dans la bouche. Ils se remettent à marcher. Un campiello, un autre baiser, un sottoportico, encore un baiser, les canaux, les ponts. Ils traversent dix fois le même campo. Liisa a les épaules nues, des épaules arrondies, un peu grasses, moelleuses, on dirait des confiseries orientales dans une ville qui l’est aussi, des épaules qui brillent et que le narrateur dévore, caresse, embrasse comme s’il avait quinze ans – il en a vingt-trois. Elle le masturbe. Elle a du sperme sur la main. Elle rit en se léchant la main. A genoux devant elle, il soulève la robe, descend la culotte, elle dit : « Non, pas ici ! » Il a la moitié du corps sous la robe longue de Liisa. Il aime l’odeur et le goût de son sexe. Elle jouit en tremblant. Elle tombe sur lui. Ils tombent tous les deux. Leurs vêtements sont froissés. Le jour se lève. Ils découvrent le marché en bas du pont du Rialto. Contraste entre les marchands, les premiers acheteurs matinaux, les poissons et ce jeune couple en tenue de soirée. Place Saint-Marc, la basilique vient d’ouvrir ses portes. Nouveau contraste entre les fidèles venus assister à la première messe et ces jeunes gens dont il n’est pas difficile de deviner qu’ils ont joui plusieurs fois dans la nuit. Liisa a remis ses escarpins et marche sur le merveilleux dallage de la basilique. Les yeux verts de Liisa éclairés par les cierges dont elle s’approche. Elle est actrice de cinéma, elle a le sens de la lumière. A l’hôtel, Weyerstein retrouve sa femme en pleurs, folle de rage et d’inquiétude. Elle l’a cherché toute la nuit, elle est allée à l’hôpital du Lido. Il répond qu’il était à Venise avec un producteur et qu’il a dû attendre le premier bateau. « Les premiers bateaux n’arrivent pas au Lido à midi. Salaud, tu es un salaud ! Et c’est quoi ce parfum ? Tu pues ! Salaud ! Salaud ! »
1 oct. 2009
Julio Cortazar
