Le roman de Russell Banks La réserve publié en 2007 met en scène en 1936 dans le cadre isolé d'une réserve naturelle américaine, les relations amoureuses adultérines entre représentants de la haute société, des classes laborieuses et du monde de l'art tandis que de l'autre côté de l'Atlantique, l'Europe s'enfonce peu à peu dans le cauchemar de la guerre.
...la douceur et la lenteur avec lesquelles Hubert et elle faisaient l'amour lui avaient appris qu'elle désirait qu'on la tienne, et non pas qu'on la prenne. Elle voulait être touchée avec précision de la langue et du bout des doigts, et pas être pénétrée, soulevée, déséquilibrée et se sentir gauche, incapable de maîtriser son corps par elle-même, obligée de l'abandonner à la manoeuvre de quelqu'un d'autre. Et elle s'aperçut que, bien que facile à satisfaire, elle désirait tout autant qu'Hubert donner du plaisir à son partenaire. Non pas comme une récompense mais comme un pur cadeau, et ce don l'excitait et la comblait.
5 nov. 2011
1 nov. 2011
Emmanuel Carrère
Dans son livre publié en 2007 Un roman russe, Emmanuel Carrère mêle plusieurs récits. L'un de ceux-ci retrace la liaison compliquée qu'entretient l'auteur avec Sophie. Cette relation passe par la rédaction d'une nouvelle érotique réellement parue dans le Monde, qui n'aboutira pas aux effets attendus par Carrère. L'auteur a reçu le prix Fémina en 1995 et le prix Renaudot en 2011.
Juste le regarder. En fait, il la regarda faire l'amour avec son mari dans un train, à distance. Surtout ne rien modifier au plan initial. Parce qu'au fur et à mesure de sa découverte du texte, leur désir va monter. Que de s'exciter aux mots du mari sous le regard de l'amant va lui procurer un plaisir nouveau et puissant. A la fin, ils iront se masturber ensemble, tous les deux dans les toilettes. Elle devant la glace, lui derrière. Il fera attention de ne pas éjaculer sur elle, de lentement se vider sur le sol sans l'éclabousser. Il faudra qu'ils soient forts pour ne pas se toucher. Qu'elle parvienne à ne pas prendre dans sa bouche l'énorme bite dont elle aime tout. L'odeur, la forme, le gland trapu et rond, la veine gonflée qui s'enroule sur la verge comme un lierre et qu'elle adore caresser et comprimer du bout de l'ongle, et son sperme, ivoire, si abondant et dont elle se macule le visage. Quand ils ont le temps, elle lui demande parfois de décharger dans ses cheveux blonds. Ensuite, il lu masse longuement le crâne en disant qu'il fait entrer dans sa tête plein de sa semence et de minuscules êtres vivants.
Juste le regarder. En fait, il la regarda faire l'amour avec son mari dans un train, à distance. Surtout ne rien modifier au plan initial. Parce qu'au fur et à mesure de sa découverte du texte, leur désir va monter. Que de s'exciter aux mots du mari sous le regard de l'amant va lui procurer un plaisir nouveau et puissant. A la fin, ils iront se masturber ensemble, tous les deux dans les toilettes. Elle devant la glace, lui derrière. Il fera attention de ne pas éjaculer sur elle, de lentement se vider sur le sol sans l'éclabousser. Il faudra qu'ils soient forts pour ne pas se toucher. Qu'elle parvienne à ne pas prendre dans sa bouche l'énorme bite dont elle aime tout. L'odeur, la forme, le gland trapu et rond, la veine gonflée qui s'enroule sur la verge comme un lierre et qu'elle adore caresser et comprimer du bout de l'ongle, et son sperme, ivoire, si abondant et dont elle se macule le visage. Quand ils ont le temps, elle lui demande parfois de décharger dans ses cheveux blonds. Ensuite, il lu masse longuement le crâne en disant qu'il fait entrer dans sa tête plein de sa semence et de minuscules êtres vivants.
10 oct. 2011
Juan Carlos Onetti
Gabriel Garcia Marquez ou Mario Vargas Llosa ont reconnu l'influence sur leur oeuvre du méconnu Juan Carlos Onetti. Celui-ci publie en 1979 Laissons parler le vent qui fait partie du cycle des récits ayant pour cadre la ville imaginaire de Santa Maria . Onetti est lauréat du Prix Cervantes, la plus haute distinction littéraire du monde hispanophone.
Dans le passage suivant, le narrateur Medina retrouve une jeune putain qui exerce sur lui une fascination irrépressible.
(remerciement à Waid)
Nous parlâmes et je respirai son odeur. Trois cents pesos plus la chambre, un prix spécial qu'on me faisait pour une prestation complète.
Je la humai sans désir ostensible tandis que nous descendions vers l'hôtel, situé à trois ou quatre rues de là. Une fois dans la chambre, je vis qu'elle n'avait pas beaucoup changé ; elle continuait de porter un pantalon, ocre ce jour-là, et une veste ; il me suffirait de lui laver la tête et de la décoiffer pour la retrouver, à nouveau penchée, me montrant son nez d'enfant, sa bouche moqueuse maintenant active, avec, pour le moment, accru, grandissant, se répandant, ce petit rien de vulgarité et de cynisme qui m'avait un instant bouleversé, un lundi, mercredi ou vendredi dans la pharmacie de le rue Isla de Flores.
Frénétique et dissimulateur, mêlé à ce corps que la déformation professionnelle rendait désespérément propre, traversant en outre la vulgarité des parfums synthétiques qu'il fallait soulever et arracher comme d'épaisses croûtes transparentes, je crus reconnaître - dans l'haleine, les aisselles, le sexe, la fatigue - les mots, les êtres et les choses qu'énumèrent les livres et qui reviendront.
Dans le passage suivant, le narrateur Medina retrouve une jeune putain qui exerce sur lui une fascination irrépressible.
(remerciement à Waid)
Nous parlâmes et je respirai son odeur. Trois cents pesos plus la chambre, un prix spécial qu'on me faisait pour une prestation complète.
Je la humai sans désir ostensible tandis que nous descendions vers l'hôtel, situé à trois ou quatre rues de là. Une fois dans la chambre, je vis qu'elle n'avait pas beaucoup changé ; elle continuait de porter un pantalon, ocre ce jour-là, et une veste ; il me suffirait de lui laver la tête et de la décoiffer pour la retrouver, à nouveau penchée, me montrant son nez d'enfant, sa bouche moqueuse maintenant active, avec, pour le moment, accru, grandissant, se répandant, ce petit rien de vulgarité et de cynisme qui m'avait un instant bouleversé, un lundi, mercredi ou vendredi dans la pharmacie de le rue Isla de Flores.
Frénétique et dissimulateur, mêlé à ce corps que la déformation professionnelle rendait désespérément propre, traversant en outre la vulgarité des parfums synthétiques qu'il fallait soulever et arracher comme d'épaisses croûtes transparentes, je crus reconnaître - dans l'haleine, les aisselles, le sexe, la fatigue - les mots, les êtres et les choses qu'énumèrent les livres et qui reviendront.
13 sept. 2011
Tonino Benacquista
Tonino Benacquista est un écrivain populaire qui a débuté sa carrière d'écrivain dans la littérature policière - tendance noire- avant de publier des livres à plus large public. Au printemps 2011, il livre Homo erectus, roman où des hommes viennent raconter devant leurs pairs leurs amours et aventures sexuelles selon un principe qui rappelle celui des Alcooliques Anonymes. Parmi eux, Yves, ici en compagnie de Kris.
Kris se surprit à examiner l'embrasure en PVC de la fenêtre à laquelle elle était accoudée, puis retourna s'asseoir auprès de son hôte. Elle renchérit sur le mot 'bruit', se plaignit d'être réveillée par le rideau de fer du bistrotier en face de chez elle, puis égrena quelques généralités sur le brouhaha urbain. Yves l'interrompit pour lui demander d'ôter son kimono, ce qu'elle fit sans s'en étonner. En la voyant, les jambes croisées, le bas remonté sur la cuisse, évaluer le nombre de décibels que peut produire un enfant en bas âge, Yves se souvînt d'avoir un jour demandé à Pauline de se mettre nue pendant qu'elle préparait un cake aux olives : elle avait refusé tout net. Il apporta quelques précisions sur les fréquences de la voix humaine tout en admirant les seins superbes de son invitée, ses hanches, son pubis, la lisière de son sexe, qu'il eut envie de sentir, d'embrasser à nouveau, et s'agenouilla à terre. Puis il se releva, la queue dressée à hauteur de la bouche de Kris, qui allait devoir interrompre un moment sa conversation.
Kris se surprit à examiner l'embrasure en PVC de la fenêtre à laquelle elle était accoudée, puis retourna s'asseoir auprès de son hôte. Elle renchérit sur le mot 'bruit', se plaignit d'être réveillée par le rideau de fer du bistrotier en face de chez elle, puis égrena quelques généralités sur le brouhaha urbain. Yves l'interrompit pour lui demander d'ôter son kimono, ce qu'elle fit sans s'en étonner. En la voyant, les jambes croisées, le bas remonté sur la cuisse, évaluer le nombre de décibels que peut produire un enfant en bas âge, Yves se souvînt d'avoir un jour demandé à Pauline de se mettre nue pendant qu'elle préparait un cake aux olives : elle avait refusé tout net. Il apporta quelques précisions sur les fréquences de la voix humaine tout en admirant les seins superbes de son invitée, ses hanches, son pubis, la lisière de son sexe, qu'il eut envie de sentir, d'embrasser à nouveau, et s'agenouilla à terre. Puis il se releva, la queue dressée à hauteur de la bouche de Kris, qui allait devoir interrompre un moment sa conversation.
31 août 2011
Sexy Sushi
Cela doit être l'été... Restons dans le domaine musical avec une étrangeté venue du pays nantais : le couple Sexy Sushi formé de Rebeka Warrior et de Mitch Silver. C'est minimaliste pour la musique mais cela sent très fort côté paroles et c'est redoutablement chaotique sur scène.
Voici une parfaite illustration de la production de ces deux zozos, un extrait du morceau Petit PD (2008)
J'ai noyé mon chagrin dans le creux de tes reins
J'ai noyé ma tristesse dans le creux de tes fesses
J'ai rangé mon ennui dans le bleu de la nuit
J'ai rangé mon ambition
Laisse-moi t'embrasser, petit PD, moi aussi je peux t'aimer
Laisse-moi t'embrasser, petit PD, moi aussi je peux te sucer
J'ai ravalé ma peine à coup de Tranxene
Et j'ai bien compris que tu n'étais pas celui que je pouvais aimer, petit PD
Que je pouvais embrasser, petit PD
Que je pouvais sucer, petit PD
Que je pouvais sucer, petit PD
Voici une parfaite illustration de la production de ces deux zozos, un extrait du morceau Petit PD (2008)
J'ai noyé mon chagrin dans le creux de tes reins
J'ai noyé ma tristesse dans le creux de tes fesses
J'ai rangé mon ennui dans le bleu de la nuit
J'ai rangé mon ambition
Laisse-moi t'embrasser, petit PD, moi aussi je peux t'aimer
Laisse-moi t'embrasser, petit PD, moi aussi je peux te sucer
J'ai ravalé ma peine à coup de Tranxene
Et j'ai bien compris que tu n'étais pas celui que je pouvais aimer, petit PD
Que je pouvais embrasser, petit PD
Que je pouvais sucer, petit PD
Que je pouvais sucer, petit PD
24 juil. 2011
Elli Medeiros
En cette période estivale, un peu de légèreté musicale ne peut nuire. En 1986, la très belle Elli Medeiros connaît le succès avec la chanson Toi mon toit dont la moitié des paroles est présentée ci-dessous. Ceci est l'occasion de rendre hommage à ce duo culte que fut Elli & Jacno, et à son ancien compagnon, le très parisien Denis Quilliard dit Jacno, inhumé dans le village de Villars en Azois quelque part dans le département de la Marne.
Prends un petit poisson
Glisse-le entre mes jambes
Il n'y a pas de raison
Pour se tirer la langue
Ne me regarde pas
Comme ça tout de travers
Qui fait le premier pas
Pour s'aimer à l'envers
Toi, toi mon toit
Toi, toi mon tout mon roi
Toi, toi mon toit
Toi, toi mon tout mon roi
(arrête, arrête, ah, arrête...)
Prends un petit poisson
Glisse-le entre mes jambes
Il n'y a pas de raison
Pour se tirer la langue
Ne me regarde pas
Comme ça tout de travers
Qui fait le premier pas
Pour s'aimer à l'envers
Toi, toi mon toit
Toi, toi mon tout mon roi
Toi, toi mon toit
Toi, toi mon tout mon roi
(arrête, arrête, ah, arrête...)
8 juil. 2011
Richard Grossman
Traduit cette année en France dans l'excellente collection Lot 49, L'Homme-Alphabet est un roman hors normes de Richard Grossman publié en 1993. Sous une trame apparente de thriller, ce livre est une expérimentation d'écriture parfois ardue pour le lecteur. Le héros tatoué, Clyde, est un parricide, poète, souffrant de quelques troubles de personnalité. Dans l'extrait suivant, s'exprime le clown venu hanter son cerveau.
(dédicace pour Cat)
Commence à faire trop chaud ici, où tu vas ? Attends-moi Clyde attends-moi, t'as pas besoin de te carapater à l'autre bout du living-room fais pas ça, mec, il est vierge, j'ai dit touche pas sa trique mec, c'est une propriété vierge, touche pas sa braguette fais pas comme t'a fait une fois descends pas sa braguette découpe pas tranche pas la descends pas l'arrache pas la fais pas sauter et la mords pas pour la rejeter passk'il est à califourchon sur le grand V si tu vois c'que je veux dire et chez les garçons les V portent des pieux qu'on appelle des zizis franchement c'est pas mon intention de te la faire labiale et de te ruiner l'appétit, mais t'as assez mangé de steak oblong pour toute ta vie (y les faisait reluire puis il les souillait hihihi ce mignon d'la fellation il a un goût du tonnneeeeerrre) et je dois reconnaître que les clowns sont professionnellement incapables de sensibilité, mais enfin qu'est ce qui a bien pu te mettre dans la tête que j'allais arrêter de tuer?
(dédicace pour Cat)
Commence à faire trop chaud ici, où tu vas ? Attends-moi Clyde attends-moi, t'as pas besoin de te carapater à l'autre bout du living-room fais pas ça, mec, il est vierge, j'ai dit touche pas sa trique mec, c'est une propriété vierge, touche pas sa braguette fais pas comme t'a fait une fois descends pas sa braguette découpe pas tranche pas la descends pas l'arrache pas la fais pas sauter et la mords pas pour la rejeter passk'il est à califourchon sur le grand V si tu vois c'que je veux dire et chez les garçons les V portent des pieux qu'on appelle des zizis franchement c'est pas mon intention de te la faire labiale et de te ruiner l'appétit, mais t'as assez mangé de steak oblong pour toute ta vie (y les faisait reluire puis il les souillait hihihi ce mignon d'la fellation il a un goût du tonnneeeeerrre) et je dois reconnaître que les clowns sont professionnellement incapables de sensibilité, mais enfin qu'est ce qui a bien pu te mettre dans la tête que j'allais arrêter de tuer?
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