Rieko Matsuura a connu un gros succès commercial au Japon avec son livre Pénis d'orteil publié en 1993. Ce roman raconte l'histoire d'une jeune femme qui découvre un jour que son gros orteil s'est transformé en pénis. Le récit de cette métamorphose est l'occasion de poser les questions de la sexualité et de l'identité.
(photo de Christopher Lee Donovan)
Je me chauffe aux rayons du soleil printanier entrant par la fenêtre. On entend le carillon électronique de l'école primaire du quartier. c'est l'après-midi et je suis seule, j'ôte mon mi-bas, je me mets en boule, et lentement j'essaie d'amener mon orteil droit à ma bouche. Après un très léger goût poussiéreux, aussitôt évanoui, l'orteil devient insipide et inodore. Hémisphère durci, l'ongle heurte la langue, sa surface cependant est lisse, comme un galet poli, on n'éprouve donc pas cette sensation déplaisante de corps étranger. L'orteil lui, sa familiarise tout de suite avec l'intérieur chaud et doux. Les muqueuses de la bouche sont douillettes, comme une couette.
Je titille mon orteil de la langue. J'y frotte légèrement les dents. Je l'enserre des lèvres. J'essaie de l'enrober de salive. L'orteil grandit. J'aspire dans mes joues et le suce. Une sensation agréable me parcourt, Pénis d'orteil est en érection. Ma posture inconfortable m'oblige à le sortir de ma bouche et, telle une chatte léchant son chaton, consciencieusement, passionnément, je le lèche. Bien qu'il appartienne à mon corps, il me fait penser à quelque chose de très mignon, comme un animal d'agrément. L'organe féminin ne suscite aucune impression de ce genre. Dégoût ou attachement, je crois que je comprends un peu la mentalité des hommes qui font grand cas de leur appareil génital.
Les articulations des jambes et le mollet devenus douloureux m'obligent à reposer la jambe et à saisir Pénis d'orteil de la main. Tout barbouillé de salive, il glisse bien, la sensation de plaisir est douce. Je décide que dorénavant je n'en jouerai plus qu'après l'avoir lubrifié.
29 janv. 2012
4 déc. 2011
José Saramago
Caïn, publié en 2009, est le dernier roman de José Saramago, prix Nobel de littérature en 1999. Avec un humour ravageur et un talent de conteur porté à son sommet, l'auteur retrace la Bible à sa façon. Dans l'extrait suivant, la reine Lilith repère Caïn devenu malaxeur d'argile et le fait ramener au palais par son envoyé.
Tel qu'il était, dans sa vieille tunique crasseuse, devenue quasiment un haillon, caïn, après avoir nettoyé du mieux qu'il put ses jambes barbouillées d'argile, suivit l'envoyé. Ils entrèrent dans le palais par une petite porte latérale donnant sur un vestibule où deux femmes attendaient. L'envoyé se retira pour aller annoncer que le malaxeur d'argile était arrivé et avait été confié aux soins des esclaves. Conduit par elles dans une pièce à part, caïn fut déshabillé et lavé sur-le-champ des pieds à la tête avec de l'eau tiède. Le contact insistant et minutieux des mains des femmes provoqua chez lui une érection qu'il ne put réprimer, à supposer que pareille prouesse fût possible. Elles rirent et, en guise de réponse, redoublèrent d'attentions envers le membre raidi qu'entre de nouveaux éclats de rire elles qualifiaient de flûte muette, laquelle avait soudain sauté entre leurs mains avec l'élasticité d'un serpent. Le résultat, vu les circonstances, était plus que prévisible, l'homme éjacula soudain en giclées successives, qu'agenouillées comme elles étaient, les esclaves reçurent sur le visage et dans la bouche.
Tel qu'il était, dans sa vieille tunique crasseuse, devenue quasiment un haillon, caïn, après avoir nettoyé du mieux qu'il put ses jambes barbouillées d'argile, suivit l'envoyé. Ils entrèrent dans le palais par une petite porte latérale donnant sur un vestibule où deux femmes attendaient. L'envoyé se retira pour aller annoncer que le malaxeur d'argile était arrivé et avait été confié aux soins des esclaves. Conduit par elles dans une pièce à part, caïn fut déshabillé et lavé sur-le-champ des pieds à la tête avec de l'eau tiède. Le contact insistant et minutieux des mains des femmes provoqua chez lui une érection qu'il ne put réprimer, à supposer que pareille prouesse fût possible. Elles rirent et, en guise de réponse, redoublèrent d'attentions envers le membre raidi qu'entre de nouveaux éclats de rire elles qualifiaient de flûte muette, laquelle avait soudain sauté entre leurs mains avec l'élasticité d'un serpent. Le résultat, vu les circonstances, était plus que prévisible, l'homme éjacula soudain en giclées successives, qu'agenouillées comme elles étaient, les esclaves reçurent sur le visage et dans la bouche.
19 nov. 2011
Abha Dawesar
Abha Dawesar publie en 2000 L'agenda des plaisirs, son premier roman. Il raconte l'histoire d'André, un jeune analyste financier de Manhattan, découvrant son homosexualité en succombant aux avances de son patron tout en ne pouvant résister à celles de l'épouse de celui-ci, Sybil.
Dans le taxi, Sybil s'est assise tout contre moi, la main droite innocemment glissée dans l'espace entre mes jambes. Le bonheur d'être en sa compagnie m'a envahi.
A la maison, je lui ai fait du thé, que nous avons siroté assis à table.
- André, je peux te bander les yeux ?
- Pourquoi ?
- Je peux ou non ?
- OK, vas-y
Elle a dénoué l'écharpe léopard de son cou et l'a attachée autour de ma tête. Tout est devenu noir.
- C'est trop serré ?
- Non
La pièce a été plongée dans le silence, je n'ai plus du tout entendu Sybil, ni senti sa présence. Immobilité totale pendant un temps qui m'a semblé long.
- Sybil, qu'est ce qui se passe ? lui ai-je demandé au bout d'un moment
Silence.
- Sybil ?
Silence.
- Sybs, réponds-moi
J'ai senti son doigt sur mes lèvres. Puis ses lèvres sur les miennes. Puis sa langue sur mes lèvres. Puis les poils de son pubis. Puis ses grandes lèvres.
Je me suis mis à la lécher. Conscient seulement de mes lèvres et du goût de son excitation. Elle a sorti ma queue de mon pantalon et s'est assise dessus. L'a engloutie dans son vagin. Puis en haut, en bas, en haut, en bas...
Dans le taxi, Sybil s'est assise tout contre moi, la main droite innocemment glissée dans l'espace entre mes jambes. Le bonheur d'être en sa compagnie m'a envahi.
A la maison, je lui ai fait du thé, que nous avons siroté assis à table.
- André, je peux te bander les yeux ?
- Pourquoi ?
- Je peux ou non ?
- OK, vas-y
Elle a dénoué l'écharpe léopard de son cou et l'a attachée autour de ma tête. Tout est devenu noir.
- C'est trop serré ?
- Non
La pièce a été plongée dans le silence, je n'ai plus du tout entendu Sybil, ni senti sa présence. Immobilité totale pendant un temps qui m'a semblé long.
- Sybil, qu'est ce qui se passe ? lui ai-je demandé au bout d'un moment
Silence.
- Sybil ?
Silence.
- Sybs, réponds-moi
J'ai senti son doigt sur mes lèvres. Puis ses lèvres sur les miennes. Puis sa langue sur mes lèvres. Puis les poils de son pubis. Puis ses grandes lèvres.
Je me suis mis à la lécher. Conscient seulement de mes lèvres et du goût de son excitation. Elle a sorti ma queue de mon pantalon et s'est assise dessus. L'a engloutie dans son vagin. Puis en haut, en bas, en haut, en bas...
17 nov. 2011
Pascal Quignard
Pascal Quignard livre en 2002 Les ombres errantes, un ouvrage profond et atypique fait de fragments érudits où les obsessions de l'auteur reviennent en boucle. Ce livre obtient le prix Goncourt. Dans l'extrait ci-dessous, le secrétaire du dernier roi romain Syagrius s'entretient avec un lettré toulousain venu de la cour du roi Alaric.
Le Toulousain affirma que ses reins et les articulations de ses doigts ne pouvaient plus supporter le climat des Gaules et que maintenant la peur s'était emparée de lui avec le regret du soleil. Ils évoquèrent le nom des lettrés de l'ancien temps et ils citaient des anecdotes qui les emplissaient de joie. Le lettré de Toulouse qui avait quitté Trêves avait connu une vieille femme, quand il était lui-même tout jeune et qu'il apprenait ses déclamations, qui se vantait d'avoir sucé Augustin à Milan, dans le temps où il était encore païen. Il avait connu aussi Olybrius et louait sa gravité et sa vertu, ainsi que la tristesse violente de sa mort.
Le Toulousain affirma que ses reins et les articulations de ses doigts ne pouvaient plus supporter le climat des Gaules et que maintenant la peur s'était emparée de lui avec le regret du soleil. Ils évoquèrent le nom des lettrés de l'ancien temps et ils citaient des anecdotes qui les emplissaient de joie. Le lettré de Toulouse qui avait quitté Trêves avait connu une vieille femme, quand il était lui-même tout jeune et qu'il apprenait ses déclamations, qui se vantait d'avoir sucé Augustin à Milan, dans le temps où il était encore païen. Il avait connu aussi Olybrius et louait sa gravité et sa vertu, ainsi que la tristesse violente de sa mort.
5 nov. 2011
Russell Banks
Le roman de Russell Banks La réserve publié en 2007 met en scène en 1936 dans le cadre isolé d'une réserve naturelle américaine, les relations amoureuses adultérines entre représentants de la haute société, des classes laborieuses et du monde de l'art tandis que de l'autre côté de l'Atlantique, l'Europe s'enfonce peu à peu dans le cauchemar de la guerre.
...la douceur et la lenteur avec lesquelles Hubert et elle faisaient l'amour lui avaient appris qu'elle désirait qu'on la tienne, et non pas qu'on la prenne. Elle voulait être touchée avec précision de la langue et du bout des doigts, et pas être pénétrée, soulevée, déséquilibrée et se sentir gauche, incapable de maîtriser son corps par elle-même, obligée de l'abandonner à la manoeuvre de quelqu'un d'autre. Et elle s'aperçut que, bien que facile à satisfaire, elle désirait tout autant qu'Hubert donner du plaisir à son partenaire. Non pas comme une récompense mais comme un pur cadeau, et ce don l'excitait et la comblait.
...la douceur et la lenteur avec lesquelles Hubert et elle faisaient l'amour lui avaient appris qu'elle désirait qu'on la tienne, et non pas qu'on la prenne. Elle voulait être touchée avec précision de la langue et du bout des doigts, et pas être pénétrée, soulevée, déséquilibrée et se sentir gauche, incapable de maîtriser son corps par elle-même, obligée de l'abandonner à la manoeuvre de quelqu'un d'autre. Et elle s'aperçut que, bien que facile à satisfaire, elle désirait tout autant qu'Hubert donner du plaisir à son partenaire. Non pas comme une récompense mais comme un pur cadeau, et ce don l'excitait et la comblait.
1 nov. 2011
Emmanuel Carrère
Dans son livre publié en 2007 Un roman russe, Emmanuel Carrère mêle plusieurs récits. L'un de ceux-ci retrace la liaison compliquée qu'entretient l'auteur avec Sophie. Cette relation passe par la rédaction d'une nouvelle érotique réellement parue dans le Monde, qui n'aboutira pas aux effets attendus par Carrère. L'auteur a reçu le prix Fémina en 1995 et le prix Renaudot en 2011.
Juste le regarder. En fait, il la regarda faire l'amour avec son mari dans un train, à distance. Surtout ne rien modifier au plan initial. Parce qu'au fur et à mesure de sa découverte du texte, leur désir va monter. Que de s'exciter aux mots du mari sous le regard de l'amant va lui procurer un plaisir nouveau et puissant. A la fin, ils iront se masturber ensemble, tous les deux dans les toilettes. Elle devant la glace, lui derrière. Il fera attention de ne pas éjaculer sur elle, de lentement se vider sur le sol sans l'éclabousser. Il faudra qu'ils soient forts pour ne pas se toucher. Qu'elle parvienne à ne pas prendre dans sa bouche l'énorme bite dont elle aime tout. L'odeur, la forme, le gland trapu et rond, la veine gonflée qui s'enroule sur la verge comme un lierre et qu'elle adore caresser et comprimer du bout de l'ongle, et son sperme, ivoire, si abondant et dont elle se macule le visage. Quand ils ont le temps, elle lui demande parfois de décharger dans ses cheveux blonds. Ensuite, il lu masse longuement le crâne en disant qu'il fait entrer dans sa tête plein de sa semence et de minuscules êtres vivants.
Juste le regarder. En fait, il la regarda faire l'amour avec son mari dans un train, à distance. Surtout ne rien modifier au plan initial. Parce qu'au fur et à mesure de sa découverte du texte, leur désir va monter. Que de s'exciter aux mots du mari sous le regard de l'amant va lui procurer un plaisir nouveau et puissant. A la fin, ils iront se masturber ensemble, tous les deux dans les toilettes. Elle devant la glace, lui derrière. Il fera attention de ne pas éjaculer sur elle, de lentement se vider sur le sol sans l'éclabousser. Il faudra qu'ils soient forts pour ne pas se toucher. Qu'elle parvienne à ne pas prendre dans sa bouche l'énorme bite dont elle aime tout. L'odeur, la forme, le gland trapu et rond, la veine gonflée qui s'enroule sur la verge comme un lierre et qu'elle adore caresser et comprimer du bout de l'ongle, et son sperme, ivoire, si abondant et dont elle se macule le visage. Quand ils ont le temps, elle lui demande parfois de décharger dans ses cheveux blonds. Ensuite, il lu masse longuement le crâne en disant qu'il fait entrer dans sa tête plein de sa semence et de minuscules êtres vivants.
10 oct. 2011
Juan Carlos Onetti
Gabriel Garcia Marquez ou Mario Vargas Llosa ont reconnu l'influence sur leur oeuvre du méconnu Juan Carlos Onetti. Celui-ci publie en 1979 Laissons parler le vent qui fait partie du cycle des récits ayant pour cadre la ville imaginaire de Santa Maria . Onetti est lauréat du Prix Cervantes, la plus haute distinction littéraire du monde hispanophone.
Dans le passage suivant, le narrateur Medina retrouve une jeune putain qui exerce sur lui une fascination irrépressible.
(remerciement à Waid)
Nous parlâmes et je respirai son odeur. Trois cents pesos plus la chambre, un prix spécial qu'on me faisait pour une prestation complète.
Je la humai sans désir ostensible tandis que nous descendions vers l'hôtel, situé à trois ou quatre rues de là. Une fois dans la chambre, je vis qu'elle n'avait pas beaucoup changé ; elle continuait de porter un pantalon, ocre ce jour-là, et une veste ; il me suffirait de lui laver la tête et de la décoiffer pour la retrouver, à nouveau penchée, me montrant son nez d'enfant, sa bouche moqueuse maintenant active, avec, pour le moment, accru, grandissant, se répandant, ce petit rien de vulgarité et de cynisme qui m'avait un instant bouleversé, un lundi, mercredi ou vendredi dans la pharmacie de le rue Isla de Flores.
Frénétique et dissimulateur, mêlé à ce corps que la déformation professionnelle rendait désespérément propre, traversant en outre la vulgarité des parfums synthétiques qu'il fallait soulever et arracher comme d'épaisses croûtes transparentes, je crus reconnaître - dans l'haleine, les aisselles, le sexe, la fatigue - les mots, les êtres et les choses qu'énumèrent les livres et qui reviendront.
Dans le passage suivant, le narrateur Medina retrouve une jeune putain qui exerce sur lui une fascination irrépressible.
(remerciement à Waid)
Nous parlâmes et je respirai son odeur. Trois cents pesos plus la chambre, un prix spécial qu'on me faisait pour une prestation complète.
Je la humai sans désir ostensible tandis que nous descendions vers l'hôtel, situé à trois ou quatre rues de là. Une fois dans la chambre, je vis qu'elle n'avait pas beaucoup changé ; elle continuait de porter un pantalon, ocre ce jour-là, et une veste ; il me suffirait de lui laver la tête et de la décoiffer pour la retrouver, à nouveau penchée, me montrant son nez d'enfant, sa bouche moqueuse maintenant active, avec, pour le moment, accru, grandissant, se répandant, ce petit rien de vulgarité et de cynisme qui m'avait un instant bouleversé, un lundi, mercredi ou vendredi dans la pharmacie de le rue Isla de Flores.
Frénétique et dissimulateur, mêlé à ce corps que la déformation professionnelle rendait désespérément propre, traversant en outre la vulgarité des parfums synthétiques qu'il fallait soulever et arracher comme d'épaisses croûtes transparentes, je crus reconnaître - dans l'haleine, les aisselles, le sexe, la fatigue - les mots, les êtres et les choses qu'énumèrent les livres et qui reviendront.
Inscription à :
Messages (Atom)





